Feux de paille


L'autorail

Au passage de souvenirs désaffectés
Les rails déchus de mon enfance
Cachent leur solitude humiliée
Sous les touffes d’orties et d’indifférence.

Pourtant qu’elle était belle notre gare fleurie
Posée délicatement dans un écrin de verdure
Source d’enchantements pour nos coeurs assoupis
Témoin de ces chers départs mais aussi de ces déchirures.

L’autorail essoufflé par un dernier lacet triomphant
Reprenait haleine dans cette halte verte
De rares voyageurs s’engouffraient dedans
Laissant à nouveau la petite maison déserte.

Le train cahotant sillonne la campagne charmante
Traverse un plateau couvert de bruyères
De tunnel en tunnel remonte la vallée verdoyante
Jusqu'à ces gorges profondes et solitaires.

La silhouette d’un château en ruine plonge
Dans les plis argentés d’une rivière tranquille
L’ombre tourne sur les visages qui songent
Envolés les bruissements du silence qui vacille.

D’un rêve à l’autre s’égrènent des noms inoubliables
Loupiac, Saint-Victor, Viescamp-sous-Jallès, Ytrac
Ponts engloutis dans les méandres insaisissables
Des vagues à l’âme sur le bleuté d’un lac.

Le petit train s’est tu dans son dernier voyage
Sacrifié comme cette terre que l’on condamne
Les rails infinis conduisent au sombre présage
Qui sèmera une part de rêve dans nos coeurs ?


Sentiers Poétiques ©1998 par Vincent Di Sanzo
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