Feux de paille


Terreurs nocturnes

La nuit, peu à peu, se peuplait de bruits familiers. L’horloge activait son tic-tac imperceptible jusque là. La fontaine, telle une clepsydre du crépuscule, chuchotait le temps qui passe à mes oreilles. Le vent semblait courir à pas légers derrière les volets clos. Un sommeil, encore transparent, m’emportait lentement dans ses errances.

Soudain le cri rouillé d’une chouette chevêche, qu’un écho malin répétait à l’infini, m’extirpe de la douce torpeur de ce sommeil facétieux. L’inquiétude me prend, ce hululement n’annonce-t-il pas une mort toute proche ? C’est le présage malheureux que l’on y associe dans nos campagnes.

Tout d’un coup la chambre, autour de moi, s’anime, le silence se peuple. Les lames du parquet grincent, qui marche ainsi dans la nuit ? Je prête une oreille attentive, respirant par la bouche pour étouffer tout souffle perturbateur. Le gravier vient de crisser, cela ne peut-être qu’un rôdeur autour de la maison ! Mon cœur palpite, je m’enfonce au fond du lit et tire un peu plus la couverture.

Au dehors le murmure du vent s’est transformé en plaintes lugubres. Un volet claque. J’imagine déjà, derrière la porte, un monstre surgir des ténèbres. Voilà qu’une lueur semble percer à travers mes paupières ! Je regarde au plafond, un tourbillon d’ombres mystérieuses me fige dans la terreur. Une lumière agitée diffuse à travers les volets. Mon dieu que se passe-t-il ? J’enfouis la tête sous les draps et me surprend à réciter un Notre-Père. Je transpire et frissonne dans cette terrible fournaise.

C’est alors qu’une cloche au timbre d’épouvante se met à retentir dans la nuit hantée. Un, deux, trois coups résonnent comme une trépidation étrange. Las, combien d’heures encore à souffrir ce martyre ?

J’étouffe et risque une tête hors du voile protecteur. Ouf, de l’air, je respire un grand coup. Les bruits s’éloignent. Je me redresse dans le lit , la sueur perle sur mon front. La mort semble s’être abattue sur cet obscur mystère. Rêve, cauchemar, je ne sais répondre, bien incapable d’avoir pu déchiffré les arcanes de ce monde effroyable. Je remercie le ciel d’être sorti indemne de ces terrifiantes épreuves et me laisse emporter par le secret du silence dans l’ombre vague du couchant.


Sentiers Poétiques ©1998 par Vincent Di Sanzo
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