Feux de paille


L'écrin béant

Le ramasseur de châtaignes pour une cueillette solitaire
Avance le long de la sente rougie par l’automne
En marge de gras pâturages séculaires
Jusqu'à l’arbre antique que l’on abandonne.

A ces pieds il scrute le manteau de feuilles mortes
La tête en avant interroge les nymphes confondues
L’oeil patient à la recherche des précieuses coques
Dans l’espoir d’y découvrir le fruit défendu.

La flagrance délicate de la terre remuée
La flamboyance du feuillage qui se métamorphose
Etourdissent notre homme qui se laisse chavirer
Se glisse parmi les mystères de la chose.

La main discrète recueille l’âme épineuse
Source de son transport pour ce geste attendrissant
La plonge momentanément dans la lumière radieuse
Et se détourne furtivement de l’écrin laissé béant.

Le regard fier posé sur sa besace pleine
Une dernière pensée amicale pour le vénérable bois
Car le ciel incendié par un crépuscule d’ébène
Signale déjà le retour sous le familier toit.

Le coeur réjoui du ramasseur comblé
En vue de ce doux bonheur ordinaire
Qu’offre l’arrière saison tant espérée
D’un temps oublieux chante ces veillées d’hier.


Sentiers Poétiques ©1997, 98 par Vincent Di Sanzo
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