Feux de paille


Châteaux de solitude

Que j’aime me retirer dans ces presqu’îles de mélancolie
Retrouver ces vieux donjons béants aux cicatrices endolories
Dressés à l’abrupt de gorges sauvages, attachantes sentinelles
Forteresses meurtries qui ne sont plus que des nids d’hirondelles.

Surprendre dès la première lueur du jour encore brouillé
La silhouette de ton élégante tour à pans coupés
Les murailles drapées de leurs sombres manteaux de lierre
Ouvertes aux vents sur des fenêtres à croisées de pierre.

Respirer les parfums de ces débris chancelants
Qui allument en mon âme blessée un feu sanglotant
Repaire endeuillé de mes langueurs pastorales
Où mes volages humeurs se désagrègent en pétales.

Jadis puissante et glorieuse cette cathédrale de tours carrées
Nichée à l’aplomb de flots torrentueux attristés
Sur un piton héroïque déverse le suprême écho
Pour la gloire perdue de ces illustres châteaux.

J’aime entendre le murmure des voix évanouies
La harpe d’une gente dame assise sur un banc de rêverie
Sons émouvants d’une onde transparente et légendaire
Qui flotte sur les méandres de ces gorges solitaires.

Mais c’est vers mon tendre sanctuaire au jardin riant
Qui surplombe un charmant vallon sous ses pieds caressants
Que souvent à l’ombre du vieux chêne je songe et je rêve
Dans une senteur troublante de menthe et de sèves.

D’autres viendront à leur tour se recueillir dans la chapelle oubliée
Puiser dans cet asile heureux la force d’aimer
Verser en un vertige mystérieux le monde du silence
Et faire revivre ce lieu magique égaré dans un siècle d’indifférence.


Sentiers Poétiques ©1997, 98 par Vincent Di Sanzo
vous pouvez envoyer un courrier à l'adresse suivante : vdisanzo@teaser.fr
ou bien signer le livre d'or.