Feux de paille


L'atelier

Je suis revenu vers cet humble atelier
D’où s’élevaient les clameurs répétées
D’un maillet qui ordonnait ces caprices
Et d’une scie qui chantait avec malice.

De la lucarne une lumière caressante
Fondait sur l’établi, pièce maîtresse
En un véritable théâtre, autour de lui, alignés
Se tenaient tous les outils bien affûtés.

Chignole, chasse-clou, marteau
Trusquin, gouge, scie, rabot
Prêt à faire couler les tendres veines du noyer
Et à donner vie à ces planches inanimées.

Grâce au vénérable magicien des lieux
Qui d’un geste habile transformait le bois
En une sculpture vivante et pleine de grâce
Capable d’émouvoir et d’aimer.

Ses doigts abîmés caressaient l’âme du chêne
Pour séduire la matière noble et hautaine
Et par ces mouvements mille fois répétés
Faire naître de ces mains l’objet tant désiré.

Une regard paternel sur son enfant
Qui se retournait pour lui sourire
Temps éternel d’un bonheur qui fuit
Et que rien ne semble retenir.

Le maillet s’est tu.

L’atelier est maintenant désert et muet
Disparaissant peu à peu sous la poussière et les araignées
Il ne reste plus qu’un vague écho fugace
Et cette lointaine odeur de sciure et de copeaux abandonnés.


Sentiers Poétiques ©1997 par Vincent Di Sanzo
vous pouvez envoyer un courrier à l'adresse suivante : vdisanzo@teaser.fr
ou bien signer le livre d'or.