Le soir charmant


Mercredi

Heureux comme un enfant qui vient de découvrir quelque chose de nouveau je reprend le trame de mon délicieux rêve. Oui ce soir j'ai décidé de m'offrir le plaisir d'une nouvelle promenade solitaire avec toi !

Hum, que la journée a été longue sans toi, et pourtant tu n'es pas si loin, il serait si facile ... mais suis-je bien raisonnable de caresser un tel projet. Non et non et je me prends à songer à une simple rencontre, un charmant tête-à-tête qui nous rapprocherait le temps d'un soupir, le temps d'échanger quelques mots, le temps de reprendre un peu d'espoir, le temps de m'émerveiller d'un tendre sourire.

Dans l'attente exaspérée d'une réponse qui ne vient pas je tremble d'émoi et je continue ce rêve éveillé aux tréfonds de la nuit qui se déroule sous mes pas. Je me fais illusion, peut-être, mais l'espoir fait vivre n'est-ce-pas ?

Et malgré tout, tu vois je tiens à écrire tout cela, à t'avouer mes sentiments parce que je crois que ne pas avouer à quelqu'un ce que l'on pense c'est une sorte de lâcheté. Et je trouve qu'on à déjà, tous, sa dose suffisante de petites lâchetés.

Pourquoi les gens cachent aussi jalousement tout ce qui se passe en eux et comment se fait-il qu'en compagnie des autres je suis tout différend de ce que je devrais être ?

Maintenant j'ai peur des mots, j'ai peur de trahir une confiance, j'ai peur d'être importun, mais je ne puis apaiser mon coeur enflammé. Et dans cette brèche je fonce comme un forcené et j'écris ces phrases mystérieuses et je me laisse entraîner volontiers par ces vagues qui déferlent pour mieux se libérer.

Parce que la lutte est inégale et mon intention insensée. Parce que je n'arrive pas à me défaire de cette image profondément gravée dans ma mémoire, de ce regard, de ce parfum et de cette chaleur.

Et s'il apparaît de cette démarche si singulière qu'abîmes et mystères je m'élève vers le soleil pour lui dire toute ma sincérité. Et si l'inquiétude me ronge et m'exaspère je m'abandonne au seuil de cette feuille de papier avec le sentiment de tendresse que maintenant tu sais.

Sans nul doute je sème un bien piètre lyrisme, une bien pauvre littérature, peu importe si l'élan m'entraîne vers ce profond abîme. Je sème à tous vents, n'acceptant jamais la froideur ni la banalité, je provoque le séisme, crie au secours, j'implore ta bonté.

Le verbe est sacré, je le foule du pied, mais rassure toi, je ne suis qu'un rêveur plutôt sentimental, j'ai besoin de répit pour mieux comprendre ce qui arrive. J'ai besoin d'irréel, j'ai besoin de toi et tu hantes mes pensées du matin au soir.

Vas-tu me terrasser ?

Quand je relis toute ma prose j'ai bien du mal à discerner le fil de mes propos. Entre un sentiment qui se cache et qui n'ose pas avouer son nom et cette volonté de partage et de communion mon esprit se brouille. Est-ce si difficile de faire partager un idéal ?

Mais tu vois je ne me décourage pas si facilement. J'aime me battre pour des idées, ma vie est intérieure et profonde. C'est un peu pour cela qu'il est parfois difficile de m'appréhender et que je parais si distant. Et pourtant, si tu savais la passion qui me déchire et qui noircit cette feuille de délires, d'illusions et de rêves. Face à ce monde cruel, froid et égoïste, notre âme cherche à se nourrir de douceur, de calme, de générosité et de rêves. Et parfois elle lance un SOS, une bouteille à la mer. Et j'attends qu'une délicieuse jeune fille, se promenant le soir d'un été sur une plage déserte, recueille ce message, partage mes pensées et vienne à mon secours.

Les mots ne cessent d'affluer à mon esprit, me débordent de toutes parts, sans que j'arrive bien toujours à les associer mais ce voyage me plaît, je suis avec toi. Malgré toi, c'est vrai puisque tu ne te doutes de rien. Mais qu'importe il me suffit de fermer les yeux pour mieux te voir.

Ce soir encore la nuit était noire, humide et silencieuse.

Je te remercie de m'avoir accordé ces doux moments de méditation, je voudrais maintenant m'abandonner à la quiétude de ne plus rien penser, mais non, mon âme se complaît trop à t'imaginer et c'est au sommeil que je dois de te quitter


Sentiers Poétiques ©1997 par Vincent Di Sanzo
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