Le soir charmant


Lundi

Il y a parfois dans la vie des instants de bonheur, des éclipses qui nous sortent de ce cauchemar quotidien. Ce jour là était un jour de rêve. Je ne sais si cette nuit noyée dans la brume n'avait pas égaré mon âme ni embrasé mon coeur. Il faut avouer qu'en face de moi j'avais une redoutable tentation. Ah, si tu n'avais autant charmé mon âme ...

La chaleur d'une tendre amitié a, pour l'ombre d'un soir, brisé ma timidité. Faiblesse touchante mais oh combien cruelle.

Je me souviens de cette nuit noire percée des seuls éclairs de ma pensée qui voguait, du trouble qui m'habitait au retour de cette soirée. Il faisait bon dans cette nuit fraîche et j'avais le coeur léger, pas une étoile pour guider ma route mais combien de pensées qui filaient au hasard du chemin. Cette nuit ressemblait à une grande feuille blanche sur laquelle je couchais des idées. Dans ce silence ma mémoire s'amusait à recréer ce passé tout chaud mais déjà si diffus.

J'aime la nuit féconde de rêves et tueuse d'ennuis. Avec le recul du temps j'essaie de comprendre. Je sourie tendrement. Comment ai-je pu être aussi maladroit ?

Ces gestes avaient-ils un sens ? Mon coeur essaie de persuader ma raison qui ne veut rien entendre. Que me reste-t-il, l'affection, la tendresse, l'amitié, la joie de partager des choses et des idées, une complicité merveilleuse.

Je ne sais pas si je dois tenter cette aventure. Nous n'avons jamais tenté de briser les barrières de l'intimité. Alors pourquoi tous ces mots ?

Parce que je sens quelque chose entre toi et moi, quelque chose de mystérieux, un rêve peut-être. Qu'importe, j'aimerais te le faire partager. Il y a des sentiments qu'on n'arrive pas à définir. Des sentiments qui ne survivent pas à une vie commune quotidienne.

Amour ? amitié ? Qu'importe le mot ? C'est un grand sentiment tendre et profond, un grand espoir, une immense douceur.

Ah qu'il est difficile de laisser parler son âme. Rien que de confier tout cela je me sens coupable. Coupable aussi de penser à toi et pourtant déjà il se révèle un besoin impérieux. Et déjà j'ai honte de moi, mais laissons là ces sentiments bien humains, je te tends la main, viens voyager avec moi dans cet autre monde, ce monde invisible et tendre. Je cherche l'écho de mon âme, l'âme soeur peut-être ... Viens, viens planter avec moi les premières fleurs de notre jardin secret.

Cette prétention est peut-être un peu folle et si loin de ces gestes chagrins qui me hantent jours et nuits. Tu n'es encore que la lumière qui vient troubler mon sommeil, mais le souvenir d'un parfum enivrant me monte à la tête. Et je me prends à rêver à la magie du voyage et au bonheur passé.

Enfin je dois te laisser à tes rêves et à tes douces pensées.

Même si je suis assez fou pour caresser un léger espoir, je ferme les yeux pour un dernier rêve délicieux, celui non pas d'une illusion mais d'un sourire ... mais dis-moi, dis-moi que ce n'est pas un rêve.


Sentiers Poétiques ©1997 par Vincent Di Sanzo
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