Poésies 2


Valsinni

Egaré dans ce village promontoire du grand sud de l'Italie, je partageais, le temps d'un été, la vie de ces habitants dans ces maisons assoupies. Le paysage ingrat ne semblait avoir attiré ici que des âmes perdues. Montagnes pelées, chaos de rochers blancs et le fantôme du fiume Sinni qui tentait de se frayer un chemin dans un lit caillouteux. Quelques oliviers, des arpents de terre calcinée et à l'entour des collines pierreuses. La rivière était dominé par le mont Coppolo, le vieux village nichait tout là-haut à l'abri du castello di Isabella Morra. Notre maison enchâssée dans le roc, à l'ombre du château, semblait s'agripper pour ne pas tomber. Les ruelles pavées renvoyaient l'écho des pas d'un âge révolu.

L'après-midi suspendait toute vie tant le soleil flamboyait au-dehors. Le soir venu, la vie reprenait. J'attendais fébrilement la fin du repas pour aller retrouver ma muse au pied du château. D'un pas lent, tant la montée était raide, je me rendais sur ce promontoire. Je m'asseyais là sur la pierre. J'étais bien. L'endroit était propice à la mélancolie. Une légère brise soufflait sur mon visage un air frais. La nuit tombait peu à peu, le ciel se garnissait d'étoiles. Au loin j'apercevais une myriade de petits points brillants, c'était un village perché voisin qui nous défiait. Je n'avais qu'à me baisser pour admirer, en contrebas, toute la ville, ses maisons, masses obscures, son pont suspendu, la rivière qui ressemblait à un serpent violet. Les gens commençaient à se promener par petits groupes dans les ruelles cédant au rite de la passegiata, la promenade sacrée du soir. J'humais l'air, il se rafraîchissait. J'allumais une cigarette non sans mal à cause d'un vent trop capricieux. Cette solitude rendait mon âme légère et l'atmosphère romantique. Je venais à la rencontre d'Isabella, ma muse, maîtresse des lieux car le château était le château d'une poète. Je devinais son parfum, imaginant son voile flotter au vent. Son corps éclipsait la lune. Jeune et belle Isabella tu m'insufflais l'amour des mots qui font rêver. Un seul de tes sonnets m'emportait déjà au pays des songes. Que n'étais-je né quelques siècles plutôt pour empêcher ton destin tragique. Dieu merci tu nous as légué de nombreux poèmes et je continuerai à errer sur ces vieilles pierres d'éternité.

La nuit avait tout engloutie, je devinais les parois abruptes du château devant moi. Ma cigarette s'était consumée, le froid engourdissait mes doigts. La muse des lieux m'avait abandonnée, il fallait rentrer. Valsinni, souviens-toi, un jour, je reviendrai.


Sentiers Poétiques ©1996 par Vincent Di Sanzo
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