ECOUCHARD LEBRUN
1729 - 1807

Ah! tu viens d'énivrer mon âme
D'un baiser si délicieux
Que j'ai cru respirer la flamme
Dont Vénus embrase les dieux.

Ce n'est point un baiser; non, c'est l'Amour lui-même.
Il passe dans mon coeur, et mon coeur embrasé,
Tout à coup palpitant, saisi d'un trouble extrême,
A reconnu le dieu vainement déguisé.

Il se trouble, il palpite encore,
Il se plait à consumer;
Il désire, il craint, il adore,
Et tout conspire à l'enflammer.

Aux accents de ta voix mon âme est éperdue;
Mes regards inquiets brillent d'humides feux;
Je rougis, je pâlis; un voile est sur ma vue;
Tous mes sens sont en proie au délire amoureux.

Même quand ma bouche est muette,
Fanni, mon coeur parle à ton coeur
Et le doux nom de son vainqueur
Est le seul nom qu'il me répète.

Absent de tes regards, dans l'ombre et le sommeil,
Je te vois, je te suis, j'embrasse ton image;
De mes songes brûlants, Fanni, reçois l'hommage;
Fanni, reçois encor l'hommage du réveil.

O baiser! divine caresse!
Source flatteuse de tourment!
O Fanni! partage l'ivresse
Du baiser qui m'a fait amant!

Te désirer, te voir, parler et t'entendre
T'aimer!... que sais-je encore? Il est un autre voeu!
Donne un second baiser plus secret et plus tendre;
J'étais plus qu'un mortel; je serais plus qu'un dieu.


Le Cahier à Spirales ©1996, 1997 par Vincent Di Sanzo
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