CHARLES-HUBERT MILLEVOYE
1782 - 1816

La Promesse

Il est donc vrai ! tu veux qu'en mon lointain voyage
Sous le ciel d'Orient j'emporte ton image ;
Et d'un espoir douteux abusant mon amour,
Ta bouche me promet les baisers du retour.
Du retour !... Tu l'as vu, cet éclatant navire !
Et sa poupe et ses mâts de fleurs étaient ornés ;
En ses pavillons d'or il tenait enchaînés
Et la fortune et le zéphyre.
Avant peu, disait-on, il reverra le port.
Eh bien ! les jours ont fui. L'inquiète espérance
A l'horizon des mers cherche en vain sa présence,
Il ne reviendra plus. Si tel était mon sort !
Hélas ! du voyageur la vie est incertaine !
S'il échappe aux brigands de la forêt lointaine,
Le désert l'engloutit dans les sables profonds,
Ou sur d'âpres chemins les coursiers vagabonds
Dispersent de son char la roue étincelante,
Et brisent sa tête sanglante
Au penchant rapide des monts.
Et je pars ! Ah ! détourne un funeste présage,
Et pour moi désormais les cieux s'embelliront ;
Et dans mon fortuné voyage
Je verrai, pure et sans nuage,
L'étoile du bonheur rayonner sur mon front.

(Elégies)


Le Cahier à Spirales ©1996, 1997 par Vincent Di Sanzo
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