ANTOINE DE BERTIN
1752 - 1790

Les amours

Je vous revois, ombrage solitaire,
Lit de verdure, impénétrable au jour,
De mes plaisirs discrets dépositaires,
Temple charmant où j'ai connu l'Amour ...
... C'est là qu'un soir j'osai prendre sa main,
Et la baiser d'un air timide et sage;
C'est là qu'un soir j'osai bien davantage :
Rapidement je fis battre son sein,
Et la rougeur colore son visage;
C'est là qu'un soir je la surpris au bain ...
... O voluptés ! délices du bel âge,
Plaisirs, amours, qu'êtes vous devenus ?
Je crois errer sur des bords inconnus,
Et ne retrouve ici que votre image.
Dans ce bois sombre, en cyprès transformé,
Je n'entends plus qu'un triste et long murmure;
Ce vallon frais, par les monts renfermés,
N'offre à mes yeux qu'une aride verdure;
L'oiseau se tait; l'air est moins parfumé,
Et ce ruisseau roule une onde moins pure :
Tout est changé pour moi dans la nature;
Tout m'y déplaît : je ne suis plus aimé.

Dieux ! que ta bouche est parfumée !
Donne-moi donc vite un baiser.
Encore un, ô ma bien-aimée :
feu dévorant je me sens embraser !


Le Cahier à Spirales ©1996, 1997 par Vincent Di Sanzo
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