SAINT-AMANT
1594 - 1661

La solitude

O! que j'aime la solitude !
Que ces lieux sacrés à la nuit,
Eloignés du monde et du bruit,
Plaisent à mon inquiétude !
Mon Dieu ! Que mes yeux sont contents
De voir ces bois qui se trouvèrent
A la nativité du Temps
Et que tous les Siècles révèrent,
Etre encore aussi beaux et verts
Qu'aux premiers jours de l'Univers !

Un gai zéphire les caresse
D'un mouvement doux et flatteur,
Rien que leur extrême hauteur
Ne fait remarquer leur vieillesse :
Jadis Pan et ses Demi-Dieux
Y vinrent chercher du refuge,
Quand Jupiter ouvrit les Cieux
Pour nous envoyer le Déluge,
Et se sauvant sur leurs rameaux,
A peine virent-ils les Eaux.

Que sur cette Epine fleurie,
Dont le Printemps est amoureux,
Philomele au chant langoureux
Entretient bien ma rêverie !
Que je prends de plaisir à voir
Ces monts pendants en précipices,
Qui pour les coups du désespoir
Sont aux Malheureux si propices,
Quand la cruauté de leur sort
Les forces à rechercher la mort !

Que je trouve doux le ravage
De ces fiers Torrents vagabonds
Qui se précipitent par bonds
Dans ce Vallon frais et sauvage !
Puis glissant sous les Arbrisseaux
Ainsi que des Serpents sur l'herbe,
Se changent en plaisants Ruisseaux
Où quelque Naïade superbe
Règne comme en son lit natal,
Dessus un trône de cristal !

Que j'aime ce Marais paisible !
Il est tout bordé d'Aliziers
D'Aulnes, de Saules et d'Osiers,
A qui le fer n'est pas nuisible :
Les Nymphes y cherchant le frais,
S'y viennent fournir de quenouilles,
De pipeaux, de joncs et de glais,
Où l'on voit sauter les grenouilles,
Qui de frayeur s'y vont cacher
Sitôt qu'on veut s'en approcher.


Le Cahier à Spirales ©1996, 1997 par Vincent Di Sanzo
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