Agua Azul et Palenque

Samedi 15 octobre,

L'étape d'aujourd'hui doit nous mener à Villahermosa via Palenque. Mais avant d'atteindre cette cité maya, nous arrivons aux cascades d'Agua Azul. L'air y est chaud et largement humide, la végétation luxuriante, ici règne un véritable climat tropical. Nous nous engageons dans un chemin qui nous mène dans une vaste étendue herbeuse. L'eau semble glisser au ras de l'herbe verte, on a l'impression qu'elle n'a pas eu le temps de creuser un lit, seuls quelques remous l'agitent. Les chutes sont plus haut. La forêt nous enserre de toute part. Près d'un abri dont le toit était recouvert de chaume, un troupeau de vaches à la robe claire, paissent tranquillement. Nous progressons dans notre ascension, les chutes apparaissent, de plus en plus raides, sur de multiples niveaux.

L'eau s'écoule sur une très grande largeur puis semble se perdre dans la forêt tant la végétation est envahissante. Notre marche ralentit sérieusement car la terre glisse sous nos pieds. Bientôt nous devons passer d'un niveau à un autre en empruntant un dangereux pont constitué de troncs d'arbres. Nous passons un par un, la traversée est épique mais s'effectue sans problème.

La cascade est de plus en plus bruyante et nous parvenons au pied d'une chute haute d'une dizaine de mètres. Le chemin continue à pic puis enfin nous arrivons sur un semblant de plate-forme. D'un côté, des bananiers dont les feuilles effleurent la surface de l'eau, de l'autre, un village composé de trois ou quatre huttes ovales. Tout proche les maïs se disputent un lopin de terre avec des haricots. Quelques orangers croulent sous le poids des fruits que quelques paysans, des métis ici, commençaient à cueillir dans de larges bassines. Plus loin la forêt formait un véritable rempart. Là, nous suivons Abel et découvrons qu'en fait, cette forêt cachait une plantation de caféiers. Ils sont encore verts, quelques grains rouges mais dans l'ensemble se confondent à la végétation. En rebroussant chemin nous tombons sur un magnifique oiseau de paradis.

Encore deux heures de route pour atteindre le site de Palenque. Située en forêt tropicale, cette fameuse cité doit à cette situation exceptionnelle tout son charme. Nous voici enfin en pleine terre Maya. Terre de rêve et de mystères, fermons les yeux et imaginons Stephens découvrir la cité fantôme émerger à peine de la forêt.

Tout d'abord le temple des inscriptions juché au sommet d'une pyramide composée de neuf étages, il est remarquablement bien conservé. Au lieu d'emprunter les soixante neuf marches d'une raideur extrême de l'escalier principal, nous contournons l'édifice pour accéder au sommet par un chemin caché. Du haut de la pyramide on obtient une vue magnifique sur la forêt s'étendant à nos pieds et qui finit par se confondre avec l'horizon.

Le temple s'ouvre par un portique dont les murs sont couverts d'inscriptions mayas dont personne encore n'a su percer le secret. C'est ici qu'en 1954 se produisit la sensationnelle découverte de la chambre funéraire. On accède au tombeau du roi-prêtre de Palenque par un escalier qui nous plonge directement dans les mystères d'un passé que l'on sent tout proche. La fraîcheur surprend nos corps rendus moites par la chaleur tropicale. Quelle étrange et merveilleuse sensation qui fera de cette descente un souvenir inoubliable. Comment ne pas s'abandonner à ces pierres éternelles empreintes d'une magie mystérieuse. La crypte abrite un tombeau protégé d'une énorme dalle couverte d'inscriptions. Sous cette dalle a été découvert le squelette du roi ainsi que de nombreux bijoux et un splendide masque en jade. Ici le temps semble s'être définitivement arrêté ...

Le site de Palenque comporte de nombreux temples juchés sur des soubassements ou des pyramides, temple du Soleil, de la Croix, de la Colline, tous portent des toits bizarrement décorés. Un petit cours d'eau traverse la cité dont le sol est devenu une vaste prairie ponctuée de ci de là d'avocatiers. Dans l'herbe on trouve d'étranges sensitives dont les feuilles réagissent au moindre contact en rabattant les folioles sur leurs tiges. A chacun de taquiner sa petite sensitive !

L'édifice le plus vaste de Palenque est le palais, il comporte quatre cours intérieures. Six piliers de deux mètres de large encadrent cinq entrées sur la façade ouest, ils sont décorés de personnages en stuc finement ciselés. Au milieu d'une des cours se dresse une tour carrée. Nous gravissons l'étroit escalier qui permet d'accéder au troisième étage où se trouve un autel. Mais comment atteindre le quatrième étage, bizarrement l'escalier s'arrête là.

Cette tour devait servir d'observatoire aux prêtres mayas qui dressaient leurs calendriers solaires. On touche là à un aspect des plus troublants de cette civilisation, comment avec les moyens dont ils disposaient, les prêtres mayas ont-ils pu élaborer des calendriers aussi précis ... L'intérieur des cours étaient recouverts de bas-reliefs en stuc d'une grâce étonnante, montrant des scènes de la vie des Mayas.

Nous décidons de pénétrer un peu la forêt tropicale, nous nous y engouffrons les uns après les autres. La chaleur se fait de plus en plus dense, la végétation des plus luxuriantes. Toute une gamme de verts s'offrent à nos yeux. Les arbres se rejoignent au dessus de nos têtes, ne laissant filtrer que de rares traits de lumière. Un murmure laisse présager la proximité d'un cours d'eau frayant entre les acajous, chou-palmiers et fougères géantes. Sur les épaules dénudées de Catherine des gouttes de sang perlent, signe que les moustiques attaquent malgré nos lotions protectrices. Pendant cette courte marche on pouvait s'abandonner à ses méditations sur le passé et rêver de découvrir un temple caché. Soudain, nous arrivons au pied d'un escalier, que font ces marches là, en pleine forêt, où mènent-elles ?

Nous remontons vers le palais, le soleil couchant embrase l'édifice d'un orange chaleureux et doux à la fois, image simple mais empreinte d'une étrange beauté. Avec tristesse nous quittons cet océan de vert et d'orange, l'esprit enfiévré de toutes ces nouvelles sensations ...

A la sortie du site archéologique quelques indiens Lacandons attendent, passifs et secrets, qu'un visiteur achète leur maigre artisanat, quelques arcs avec des flèches. Les flèches sont composées d'une tige de roseau, légère et droite, sur laquelle est fixée la tête de bois dur, qui porte la pointe de pierre attachée au moyen de tendons. La corde de fibre n'est fixée à l'arc qu'au dernier moment pour éviter sa déformation.

Image forte et troublante de ces hommes aux cheveux longs, drapés dans une tunique blanche, le regard vide, hébété. Comment imaginer que ces indiens primitifs soient les descendants des Mayas qui avaient développé une civilisation d'un tel niveau culturel comme peuvent en témoigner la grandeur des vestiges de leurs temples ainsi que la beauté de leurs sculptures et de leurs bijoux retrouvés ?

Malgré tout, on raconte que les indiens Lacandons errent parfois dans les temples de leurs ancêtres pour y vénérer les dieux ... de la pluie, du maïs et du soleil. Auraient-ils gardé la foi de leur religion antique ?

Nous reprenons la route pour Villahermosa que nous atteignons en début de soirée. Malgré la nuit déjà tombée sur la ville il me semble distinguer de nombreux marécages de part et d'autre de la route. Serait-ce encore les effets du dernier ouragan qui s'est abattu sur la région. L'air est particulièrement humide et frais. Je crois que la soirée sera faite de calme et de repos si toutefois la vision de ce monde nouveau ne vient troubler mes songes.


Copyright ©1996 par Vincent Di Sanzo
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