San Cristobal, Chamula et Zinacantan

Vendredi 14 octobre,

San Cristobal est une ville pittoresque peuplée de nombreux indiens Tzotziles et Tzoltal que l'on peut rencontrer facilement au marché. Là, les indiens viennent écouler leurs productions, légumes, maïs, volailles, laine de mouton, tissages. On peut reconnaître leur tribu suivant leur tenue vestimentaire. Les Tzotziles portent une rude étoffe de laine écrue à franges qu'ils serrent à la taille par dessus un pantalon et une chemise blancs. Les Zinacantan, eux, portent un poncho rose et un étonnant chapeau à longs rubans multicolores.

Toutes ces tribus défendent farouchement leurs traditions comme on peut s'en rendre compte en visitant leurs villages qui sont en général très autonomes. Le marché de San Cristobal est un vrai marché, loin d'attirer les visiteurs car ici on n'y vend ni souvenir, ni fabrication artisanale, mais rien que de l'utilitaire, c'est un marché indien pour indiens. Les maïs grillent sur les nombreux braseros allumés. Une image cocasse me revient en tête, celle du fameux salon de coiffure. En fait tous les coiffeurs travaillaient sur le trottoir en rang d'oignons car la pièce ne pouvait contenir plus d'un ou deux clients et aujourd'hui, jour de marché, il y avait foule !

Nous quittons le marché de San Cristobal pour gagner San Juan Chamula, village Tzotzile. Le village comporte quelques dizaines de maisons en bois et en briques. Les toits sont recouverts soit avec de la paille, soit avec des tuiles ou bien encore avec de la tôle ondulée. De temps en temps apparaît une hutte au toit conique. Nous marchons vers l'église toute blanche et très joliment décorée. Des banderoles multicolores partent du fronton de l'église vers le sol.

Abel nous entraîne vers l'intérieur de l'édifice. Et là, surprise, pas de banc pour s'asseoir et écouter la messe, pas d'autel ni de prêtre d'ailleurs. Seulement quelques statuettes représentant des saints, uniques vestiges de la religion catholique. Le sol est entièrement recouvert d'aiguilles de pin, la nef est emplie de fumées de copal qui brûle dans les encensoirs. Assis à même le sol, des indiens prient mais quel dieu ? Si de nombreuses croix nous font penser à la foi chrétienne, des rites pour le moins curieux nous interpellent. Ainsi cette indienne qui a allumée une multitude de petites bougies blanches posées sur le sol à côté d'une bouteille de coca-cola, et cet aveugle qui semble prier mais dont les doigts parcourent inlassablement le cadran d'une montre. La foi des indiens semble, à ne pas en douter, de nature syncrétique. De nombreux indiens armés de bâtons veillent à ce que rien ne vienne troubler les rites de leurs semblables.

En sortant de l'église, un détail qui ne m'avait pas frappé auparavant, me saute aux yeux, c'est le nombre élevé de croix qui se dressent un peu partout. Les Tzotziles semblent porter une vénération démesurée aux croix, leur religion est des plus étrange, curieux mélange de croyances primitives et de foi chrétienne ...

Les enfants nous assaillent et déjà réclament leur du. Pour ne pas les habituer à avoir tout sans rien faire, je troque un bonbon contre un cliché souvenir.

Nous quittons San Juan Chamula pour Zinacantan. Ce village est encore plus petit, tout comme sa minuscule église. Ici les indiens arborent des tenues très colorées à dominante rose. Ils exposent leurs nombreux tissages, malheureusement les appareils photographiques doivent rester au fond des sacoches. Nous rentrons à San Cristobal et profitons de l'après-midi pour flâner en ville. Le zocalo est un des plus agréables avec celui d'Oaxaca que je connaisse. Quelques arbres, un kiosque, quelques fontaines puis des bancs sur lesquels on resterait des heures à regarder passer les indiens.

Mais notre soif de découvrir la ville est telle que nous arpentons à nouveau les rues. Celles-ci sont presque toutes rectilignes et se croisent à angles droits comme dans les cités modernes. Elles sont troublées par de nombreux fils et câbles qui les traversent de long en large. La cathédrale de San Cristobal est de style baroque. Ces principales portes sont enguirlandées comme le sont nos sapins de noël. Sur le parvis de nombreux indiens assis sur les escaliers attendent là, immobiles. A proximité, des indiens descendus d'un village voisin, exposent leurs tissages bariolés. A chaque fois l'on retrouve ces femmes et leurs enfants drapés dans leur dos. Au bas d'un escalier deux adorables fillettes, avec leurs nattes et leurs minuscules ponchos, jouaient. Plus loin une personne enroulée dans son poncho dormait. Etonnante leçon d'humilité, de sagesse et peut-être de résignation.

Résignation ? pas toujours comme ces dizaines d'indiens faisant grève pour revendiquer leurs droits. En fait seules leurs banderoles témoignent de leur combat, eux restent allongés à même le sol, passifs voire indifférents, en attendant que quelqu'un veuille bien se préoccuper de leur sort, eux que l'européen a spolié de leurs terres, de leur foi et de leur culture. Peu d'homme pour les défendre, mais il en existe, Sergio Castro est un de ceux là. Agronome de profession il fait tout pour aider les indiens à préserver leurs traditions et surtout à survivre par exemple en choisissant les bonnes cultures adaptées à leur terre. On trouve chez lui un véritable musée qui rappelle les coutumes de chaque tribu, les tenues vestimentaires suivant les différentes fêtes, les instruments de musique, les outils de travail. En quelques diapositives il nous expose aussi les problèmes. Le manque de terre, l'analphabétisme, le manque de médicaments et de moyens financiers, l'alcoolisme aussi ... sans compter les pressions de certains qui ne voient pas d'un bon oeil l'action humanitaire entreprise par Siergo. Nous le quittons après avoir fait un petit geste pour les indiens, non pour soulager notre conscience, mais bien pour assurer notre hôte qu'il ne prêche pas dans le désert et que nous soutenons son action.
La nuit s'est abattue sur la ville de même que la froideur. Il faut enfiler de chauds vêtements. Heureusement nous sommes accueillis au Ciudad Real, notre hôtel, par un agréable feu de bois près duquel nous nous serrons tous afin de nous réchauffer un peu. Un cocktail brûlant est servi accompagné d'une boulette de riz cuite à la vapeur dans une feuille de maïs, délicate attention. Dans cet instant chaleureux, les joueurs de marimbas interrompent nos songes pour nous rappeler que le Mexique est aussi un pays de fêtes ...


Copyright ©1996 par Vincent Di Sanzo
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