Tehuantepec et le Canyon del Sumidero

Mercredi 12 octobre,

Aujourd'hui nous attend l'étape la plus longue de notre voyage, 540 kms nous séparent de Tuxtla Gutierez, capitale du Chiapas. Nous traversons une région montagneuse, les versants des collines sont recouverts de cactus cierge et candélabre donnant au paysage un aspect étrange. Le bord de la route lui, est peuplé de cactus raquettes. De temps en temps nous observons un champ de cisals, mais ceux-ci tendent à disparaître pour laisser la place à des cultures plus classiques comme les agrumes.

Nous arrivons à Tehuantepec, petite ville qui a donné son nom à l'isthme. Le soleil est à son apogée, nous cherchons un peu d'ombre pour éviter l'insolation. Beaucoup d'indiens à Tehuantepec, nous avons de la chance c'est le jour du marché. Nous achetons quelques fruits, les bananes sont d'une variété particulière, elles ne dépassent pas sept ou huit centimètres mais quelle saveur ! Les indiens, surtout les femmes sont très farouches, il faudra user du téléobjectif pour prendre quelques clichés naturels. Nous aurions bien acheter quelques oranges pour nous rafraîchir mais les indiens ont la fâcheuse habitude de les vendre toutes pelées.

Nous devons poursuivre notre route. Comble de malchances, suite aux dégâts provoqués par un cyclone dévastateur, nous ne pouvons continuer notre chemin par l'itinéraire prévu, plusieurs ponts étant écroulés et quelques routes inondées. Nous devons effectuer un détour incroyable, emprunter des routes où deux autobus ne peuvent se croiser. Bref après une véritable expédition nous arrivons à Tuxtla. Il est vingt heures. Plus de onze heures après notre départ ! Heureusement un pot d'accueil et quelques toasts sont là pour nous réconforter. Les imprévus font aussi le charme des voyages, surtout après, lorsque notre mémoire nous les retracent !

Jeudi 13 octobre,

Heureusement aujourd'hui nous ne prévoyons que quatre vingt kilomètres, le temps de digérer notre expédition de la veille. Ce matin nous nous rendons au belvédère de la Pierra Colorado qui domine le superbe canyon du Sumidero pour une ballade en bateau. La région regorge d'eau et est recouverte d'une épaisse forêt tropicale. Peu à peu nous nous enfonçons dans le canyon. Ce site naturel, avec des falaises de plus de mille mètres de hauteur, a été creusé par le fleuve Grijalva. L'air est vif et la vitesse du bateau à moteur nous oblige à bien nous protéger du vent.
Il est étonnant de voir comment les plantes grasses, quelques cactées, ont réussi à se développer sur des falaises aussi abruptes.

Nous approchons près d'une grotte, notre pilote coupe le moteur et laisse dériver l'embarcation. Nous devons baisser la tête pour pénétrer à l'intérieur de cette excavation ornée de nombreuses stalactites teintées légèrement en rose. Nous poursuivons notre promenade, le long des falaises de nombreuses petites cascades s'écoulent.

Certaines sont vraiment extraordinaires comme celle qui a formée un véritable sapin de noël avec la végétation environnante. Nous passons à sa proximité, une pluie fine vient humecter nos visages. Plus loin le pilote coupe à nouveau le moteur et laisse dériver le bateau en nous faisant de grands signes pour que l'on ne fasse pas de bruit .. sur la rive plusieurs petits caïmans étaient à l'affût. Le pilote redémarre le moteur en provoquant un vacarme effroyable, les caïmans, affolés par le bruit, courrent dans l'eau verte du rio Grijalva et disparaissent. Le fleuve porte le nom de Juan de Grijalva qui en 1518 avec son navire entra le premier dans le Yucatan. Il rappelle l'étranger envahisseur, la bataille sanglante où Cortès victorieux prend possession de la terre au nom du roi d'Espagne.

En fin de matinée nous regagnons Tuxtla pour visiter le parc zoologique. Caïmans, aigles, perroquets, aras et bien d'autres animaux sont réunis dans un parc à la végétation luxuriante. Catherine se mesure aux gigantesques bambous particulièrement développés ici. Mais un autre appel se fait ressentir, celui de l'estomac, en route pour le Pavilla Norteria. Sur le zocalo de Tuxtla les arbres ont subi une étrange coupe au carré qui semble très à la mode dans la région. Nous croisons un livreur d'eau, avec son superbe Dodge croulant sous des dizaines de bombonnes en verre emplies d'eau. Convoi fragile ! Le restaurant que nous avons choisi a plutôt l'allure d'un vaste hangar que l'on aurait reconverti. Nous pénétrons dans une salle immense décorée de dessins représentants des rodéos, des cow-boys gardant leurs troupeaux de vaches. La spécialité de l'établissement est évidemment la viande de boeuf. A peine assis à une table ornée de savoureuses tortillas, qu'oune hombre vient prendre la commande. En fait il trouva plus simple de nous demander de le suivre vers d'énormes armoires qui se révélèrent être des congélateurs. Il en ouvre un et nous devons choisir parmi les gigantesques côtes de boeuf qui le garnissent. Notre repas fut gargantuesque.

En milieu d'après-midi nous partons pour San Cristobal de Las Casas. A la sortie de Tuxtla nous marquons une halte à la petite ville de Chiapa de Corzo pour admirer la belle fontaine du 16 ème siècle qui ressemble à la couronne des rois d'Espagne. Ici aussi sur le zocalo, les arbres arborent leur superbe coupe. Nous reprenons notre route qui devient de plus en plus sinueuse. Nous gagnons en altitude et perdons en soleil. Le ciel s'assombri et l'air devient plus frais. Bientôt une légère bruine nous enveloppe. La végétation est de plus en plus verdoyante. Nous stoppons juste aux abords d'un village constitué de quelques masures et cabanes en bois, tout près d'un minuscule lac. Aussitôt quelques indiens Tzotziles nous entourent, des femmes surtout, très belles avec leurs longues nattes dans le dos et vêtues de ponchos colorés. Elles essaient de nous vendre quelques objets de leur fabrication. Il fait froid, l'air est humide. Arriverai-je à immortaliser un de ces merveilleux visages car elles restent farouches à nos objectifs.

Nous reprenons notre route vers San Cristobal et atteignons la ville en soirée. Nous sommes en pleine montagne et avec la nuit la fraîcheur s'installe et nous oblige à enfiler des vêtements plus épais. Heureusement à l'hôtel, nous trouvons un chaleureux foyer, les braises fumantes nous réchauffent un peu ...


Copyright ©1996 par Vincent Di Sanzo
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