Mexico et Teotihuacan

Mercredi 5 octobre,

Aboiements, klaxons, tôt le matin nous voici réveillés. Un coup d'oeil à la fenêtre, le ciel est gris, de la même couleur que ces vieux bâtiments qui nous font face. Au fond d'une cour, des gravats immenses nous rappellent le dramatique tremblement de terre de 1985 qui a détruit de nombreux quartiers de Mexico. Malgré les années écoulées les travaux de reconstruction n'ont guère avancés, faute de moyens sûrement vu l'ampleur des dégâts. On a rafistolé les murs qui menaçaient de s'écrouler, de quoi parer au plus urgent.

L'heure du petit déjeuner arrive. Omelette, jambon, café et jus de fruit composaient ce petit déjeuner américain. Les plus intrépides d'entre nous se sont essayés aux haricots noirs frits dans la graisse de porc avec de la banane écrasée ! Vraiment très spécial.

Voici enfin nos premiers pas dans la ville. Comme beaucoup de capitales, Mexico déroute un peu au premier abord. Trop grand, trop sale, trop d'immeubles, trop de pollution et trop de monde. La ville semble désertée des dieux. Trop loin de ce qui m'avait attiré dans ce mystérieux pays. Mais il est vrai que ces villes gigantesques ne dévoilent pas facilement leur charme et leur beauté. Il faut à nos esprits excités et empressés le temps de se calmer et de s'immerger lentement dans leur nouvel environnement.

Il faut dire aussi qu'à l'appui de cette première impression les chiffres parlent d'eux mêmes. Mexico, 17 millions d'habitants répartis sur 1200 km2, cela ne va pas sans poser quelques problèmes de circulation, de pollution et de logement.

Nous commençons notre visite par le Zocalo. Le zocalo au Mexique désigne le centre ville ou la place centrale. Sur celui-ci, composé d'énormes dalles grises, se dresse la cathédrale consacrée à la Vierge et qui fut construite au 16e siècle. Attenant à la cathédrale le Sagrario, édifice religieux doté d'une étonnante façade de style churrigueresque du nom de José Churriguera à qui l'on doit cette surcharge dans l'ornement et les sculptures.

Sur la place quelques groupes de visiteurs vont et viennent, les mexicains, presque tous des métis vaquent à leurs occupations. Ici un vendeur de souvenirs, là un cireur de chaussures, plus loin un groupe d'écoliers tous vêtus d'uniforme bleu marine, les fillettes d'un côté, les garçons de l'autre. Mais voilà qu'à notre passage un grand chahut éclate sans doute du à notre réflexe photographique.

Nous voici maintenant au palais national érigé par Cortès sur les ruines du palais de Moctezuma. A l'intérieur, le long de l'escalier central et de la galerie du premier étage une immense fresque peinte par Diego Rivera conte l'histoire du pays. C'est la vie quotidienne des Aztèques à Tenochtitlan, la magnificence des parures de l'Inca et de ses dignitaires puis l'arrivée des Conquistadors, la lutte acharnée avec les Espagnols, le sang versé au nom du Quetzacoatl, l'asservissement des Indiens et enfin l'Indépendance. Même l'intervention française en 1862 au Mexique est représentée en la personne de Maximilien.

Avant de quitter le zocalo nous jetons un coup d'oeil au bâtiment de la Cour Suprême. L'intérieur de la salle est un havre de paix, nos pas s'étouffent sur un épais tapis de velours rouge, les sièges en bois brillent légèrement sous la douceur des lustres allumés.

L'ouest de la ville présente un tout autre visage, en route pour le musée national d'anthropologie, nous traversons le parc de Chapultepec. Havre de verdure, de propreté et de calme au pied de la colline où se dresse le palais qu'occupa notre malheureux empereur Maximilien en 1866. Le musée national est un bâtiment très moderne, un peu froid dans sa constitution et ses matériaux. Un patio est protégé par une sorte d'énorme parapluie qui tient lieu de gigantesque fontaine. Curieux mélange de matériaux modernes comme le béton et de bas-reliefs aztèques.

Salle après salle, nous pénétrons un peu plus cette multitude de cultures qui constituaient ce fameux monde préhispanique. Teotihuacan, ancienne cité aztèque, Tlateloco marché important de l'empire dont une maquette nous fait revivre avec minutie et couleurs l'affairement des habitants. Braseros, statuettes, sculptures, chac-mool, autant d'objets extraordinaires qui nous émerveillent. Que dire de cet étonnant couteau destiné aux sacrifices humains, dont le manche de nacre représente un guerrier. Outil cruel d'un rite sanglant qui heurte notre esprit mais qui ne servait qu'à magnifier le dieu Soleil. Soleil toi à qui est dédiée cette énorme pierre de basalte pesant plus de 24 tonnes et dont les sculptures sont les symboles du savoir des prêtres aztèques.

Mais l'histoire du Mexique ne se résume pas aux seuls Aztèques. Les Toltèques originaires de Tula et à qui l'on doit ces étonnants personnages couchés qui portait l'offrande du sacrifice, les fameux chac-mool. Très expressives aussi les sculptures représentant les guerriers Toltèques avec leurs remarquables costumes, coiffures et armes. Les Zapothèques de Monte Alban et leurs urnes magnifiques, bien que parfois déroutantes représentent des dieux portant une coiffure faite de tête zoomorphe.

Les Mixtèques de Mitla et leur style architectural aux motifs géométriques. Les Olmèques et ces étranges têtes colossales au faciès mystérieux. Et bien sûr les Mayas dont les stèles nous rappellent comme un leitmotiv, leur histoire en est continuellement jalonnée, l'importance capitale du temps. Mais la visite s'achève, il est près de 17 heures, il est temps de fermer cette nouvelle page ouverte en guise d'introduction sur un passé lointain mais encore si chaud dans notre esprit.

Le bus nous ramène vers l'hôtel. Celui-ci est situé près des jardins de l'Alameda. Cet endroit populaire, fort agréable, semble prisé des mexicains qui viennent se promener au milieu des statues, des fontaines et des peupliers. Disposant de quelque temps de libre nous nous mettons en quête de timbres postes. Coup d'oeil à notre 'Espagnol pour le voyage', correo pour bureau de poste, sellos pour timbres, nous voilà parés. Après avoir demandé notre chemin nous arrivons devant un bâtiment assez lugubre qui s'avère être la poste principale. Alors que nous demandons des timbres pour la France, un jeune inconnu nous aborde. Tout souriant, il nous explique dans un français approximatif, avoir un correspondant en France et son intérêt pour notre pays. Ayant échangé prénoms, ville de résidence et quelques gentillesses nous nous séparons après une chaleureuse poignée de mains.

De retour à l'hôtel nous nous installons dans la salle attenante au bar où nous attendait un sympathique pot de bienvenue qui, d'ailleurs, se renouvela à chaque fois que nous changions d'établissement. Voici venu le temps de dîner. S'il est toujours naturel de prendre les habitudes locales et donc de s'essayer à la cuisine mexicaine je dois avouer que mes enchiladas ne m'enthousiasment guère. Elles consistent en tortillas garnies de poulet et nappées de sauce tomate. Les tortillas sont ces fameuses crêpes au maïs préparées avec de l'eau et de la chaux. Quand je dis fameuses ce n'est qu'un euphémisme ! On dit que la chaux est nécessaire pour amollir les cosses de maïs avant la mouture.

Jeudi 6 octobre,

Les mexicains semblent très pieux, à l'image des italiens du sud, on trouve dans leur voiture maints chapelets et images dévotes. L'autobus qui nous menait à la basilique de Guadalupe ne dérogeait pas à la règle, une image de la Vierge à la peau brune ornait le tableau de bord. Il se trouvait que la vierge représentée sur cette image et celle de la basilique était la même.

Chemin faisant, nous nous arrêtons dans un endroit situé près d'un grand axe routier, appelé place des Trois Cultures. Là nous y trouvons les soubassements de pyramides précortésiennes, une église datant de l'époque coloniale et des immeubles modernes. Quittant cette place, nous passons près d'une école primaire. Un coup d'oeil indiscret aux fenêtres nous permit de découvrir de sympathiques bambins sur leurs pupitres de classe.

L'ancienne basilique, surmontée de quatre tours et d'une coupole dorées, offre un piètre visage. Murs sales et fissurés, façades inclinées. On aurait dit un vaste chantier. La basilique, ayant tendance à s'enfoncer dans le sol, était fermée au public et une basilique toute moderne a été construite juste à côté pour accueillir les pèlerins. A l'intérieur de celle-ci un prêtre et de nombreux fidèles priaient dans une clarté éblouissante qui contrastait avec la pénombre à laquelle nous habituent nos églises plus anciennes. Il fallait vraiment que l'appel à la prière, auprès de la Vierge, fût très fort pour arriver à se recueillir dans ce lieu si fréquenté.

Aux environs des basiliques de nombreux jardins, que l'on atteint par des escaliers décorés de céramiques, nous exposent une grande variété de plantes locales dont les fameux cactus, magueys et candélabres. La végétation y est verdoyante. Nous arrivons près d'un amas rocheux duquel une cascade jaillit pour se déverser dans un point d'eau. Là une étrange scène avait été reconstituée par l'homme. Des indigènes accompagnés d'un prêtre tendaient des offrandes à la Vierge de Guadalupe. Les nombreuses statues étaient vraiment très expressives, mais quelle curiosité que ces indiens , aztèques peut-être, se prosternant devant la Vierge.

Cet après-midi allait être consacré au site préhispanique de Teotihuacan dans les environs de Mexico. Sur la route nous nous arrêtons près d'un atelier artisanal qui vivait des agaves et du travail de l'obsidienne. Là en une étonnante démonstration on nous explique tout ce dont on peut tirer de ces cactus. Lorsqu'il a accompli sa croissance et que son tronc a toute sa grosseur, on en coupe le coeur en enlevant 5 ou 6 feuilles centrales. On creuse une cavité dans le tronc et pendant 2 ou 3 mois on recueille dans ce creux un liquide qui chaque jour y afflue. Quand on le fait bouillir il se transforme en un vin douceâtre. Lorsqu'il est livré à la fermentation il forme une forte liqueur, la fameuse tequila ou le metzcatl qui fait tant de ravages parmi les indiens. On retire des feuilles de cette plante du fil à coudre, les pointes dures peuvent servir d'aiguilles. On en fait aussi de la ficelle et des textiles.

Teotihuacan était une ville immense habitée successivement par les Olmèques puis pas les Aztèques. L'arrivée au centre cérémonial provoque un choc incroyable. Comment de pas songer à Cortès pénétrant dans cette cité extraordinaire encore habitée sous le règne de Montezuma.
Quelle impression de remonter l'immense avenue des Morts bordée de ces nombreuses pyramides. D'abord la pyramide de la Lune constituée de trois plate-formes successives et d'un sommet. Nous décidons de gravir les escaliers creusés dans la face sud. L'ascension est pénible car les escaliers sont raides et très endommagés. De plus la hauteur des marches est inhabituelle.

Mais notre fatigue est vite récompensée par une vue spectaculaire sur l'ensemble des monuments, la gigantesque pyramide du Soleil sur la gauche et le temple du Quetzalcoatl tout au fond. Tout ceci se détache particulièrement bien sur un ciel bleu troublé de sombres nuages inoffensifs. La redescente est encore plus difficile que la montée, nous voici découragé d'escalader la pyramide du Soleil encore plus imposante avec ses 220 marches à gravir.

Alors que nous remontons l'avenue des Morts, un ronronnement de moteur se fait entendre dans notre dos, à peine le temps de se retourner que voici un avion de tourisme volant à basse altitude, foncer sur nous. Alors que nous nous baissons instinctivement je trouvais le réflexe photographique pour prendre le coupable en déclic !

Toutes ces émotions nous ont creusées l'appétit et un bon repas s'impose. Au terme de celui-ci nous gouttons au metzcaltl, fort mais délicieux alcool malgré les non moins délicieuses cochenilles qui flottaient dans la bouteille !

Nous poursuivons notre découverte du site par le temple de Quetzacoatl. Si jusque ici les monuments nous étaient apparus pauvres en décorations et sculptures, ici abondaient les sculptures représentant les têtes du serpent à plumes et les masques symbolisant Tlaloc le dieu de la pluie. Les frises sont ornées de coquillages et il reste de nombreux vestiges de polychromie. C'est d'ici que nous ramènerons les deux statuettes reproduisant les dieux du panthéon aztèque. Préalablement destinées à des cadeaux de familles nous avons finalement cédés à leur exotisme.

Sur la route du retour nous faisons une courte visite au charmant monastère augustin d'Acolman. Sa curieuse façade est de styles roman et renaissance. Le patio est entouré d'une belle galerie et est ornementé d'orangers. Sur un des côtés du monastère un plaisant escalier en S nous a particulièrement charmé .

De retour à Mexico et en se promenant dans les jardins de l'Alameda nous dégustons de savoureuses crêpes cuites par des marchands ambulants qui préparent aussi du maïs grillé.

La nuit enveloppant Mexico nous décidons de nous rendre à la tour Latino-américano toute proche. Du haut de ces 44 étages, soit 150 mètres, nous jouissons d'une belle vue sur la capitale qui semble se dessiner là, sous nos yeux émerveillés, avec ses myriades de petits points lumineux ...


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