Chichen Itza

Jeudi 20 octobre,

Aujourd'hui départ matinal pour Chichen Itza, l'extraordinaire capitale des guerriers Toltèques. En cours de route nous marquons une halte dans un sympathique village. Comme dans tous les villages que nous avons vus jusque là des huttes constituent la demeure principale des indiens. Le modernisme s'exprime en quelques tôles rouillées couvrant le faîte des toits. L'électricité ayant fait son apparition ici. La misère de ces habitations contraste avec la propreté des indiens habillés à l'européenne. Le village se confond avec la nature tropicale, palmiers, champ de maïs et de cisals, même les haies sont fleuries. Le maïs séchant à même le sol sous un soleil de plomb semble prendre la couleur de l'or. Plus que la base économique de toute la civilisation indienne le maïs était objet d'un véritable culte, on élevait des autels en son nom, on sculptait des statues à son effigie. Maïs, don du ciel ou véritable dieu ...

Le village est doté d'un cénote, sorte de puits naturel. Près de là, un cimetière surprend par les couleurs vives et chatoyantes de ces tombes. Si de nombreuses croix surplombent les tombeaux, on est surpris parfois d'y rencontrer à la place la reproduction d'une pyramide toltèque ou de la tour latino-américaine de Mexico. On y trouve là tous les ingrédients de la culture des indiens actuels, étrange juxtaposition de croyances ancestrales et de religion catholique. Tout nous rappelle que les indiens ne craignent pas la mort.

Chichen Itza est un centre cérémoniel des plus importants du Yucatan. D'origine Maya puis Itza il comporte surtout des édifices de style Toltèque. Chichen Itza doit peut-être son existence au fameux cénote sacré, sorte de puits naturel de très grande largeur, dans lequel étaient précipitées des victimes chargées de bijoux et d'offrandes au nom du dieu de la pluie. Lorsque l'on remonte l'allée au sud on se retrouve face à la pyramide du Kukulkan autre nom du Quetzalcoatl, le fameux serpent à plumes. Cette pyramide est composé de neuf terrasses superposées avec un escalier de 91 marches sur chacune des quatre faces.

Du sommet de la pyramide on pénètre à l'intérieur par un tunnel étroit en forme de voûte. Nous descendons un escalier très raide, plus nous approchons du fond plus l'air est moite. Nous atteignons le temple souterrain composé d'une double salle voutée. Dans la première salle se trouve une statue de Chacmool aux yeux, nez et dents en ivoire, et dans la seconde un jaguar rouge dont la peau est tachetée de morceaux de jade. Le chacmool est un nom fantaisiste donné à une sculpture en pierre représentant un personnage étendu sur le dos tenant un vase. On ne sait si ces sculptures servaient de pierres à sacrifices pour des offrandes ou alors pour des sacrifices humains.

Chichen Itza dispose d'un gigantesque terrain de jeu de balle. Il s'agit d'une surface rectangulaire, fermée sur ses longs côtés par deux murs parallèles. Sur ces murs se déroule un long serpent et au centre de chacun des murs se trouvent les anneaux en pierre par lesquels la balle en caoutchouc devait passer. On dit que le renvoi de la balle ne pouvait se faire qu'avec les hanches et les genoux. Le caractère religieux du jeu est indéniable comme le montrent les bas-reliefs de la terrasse est. Le capitaine de l'équipe gagnante tient dans sa main gauche la tête du capitaine de l'équipe perdante. Sept serpents se dressent du cou de l'homme décapité. Au centre, la balle est représentée par un crâne humain. D'aucun assure que c'était le gagnant qui était sacrifié au dieu de la pluie, image d'une logique implacable réservant le meilleur aux dieux ...

Le temple des aigles est décoré d'une frise d'aigles et de jaguars sculptés en bas-reliefs. Entre leurs griffes, ils serrent des coeurs humains. Juste à côté se dresse le tzompantli ou mur des crânes qui est une plate-forme destinée à soutenir une palissade sur laquelle on empalait les têtes des victimes humaines sacrifiées aux dieux.

Les Toltèques, guerriers cruels partageaient des rites aussi sanglants que les Aztèques. Mais leur cruauté n'est pas gratuite, elle tient dans un rituel sacré destinée à satisfaire les dieux, le sang est l'offrande qui doit les nourrir. Pour les indiens la mort est plus importante que la vie qui n'est qu'un bref passage dans ce monde. Comme nous sommes loin, avec ces castes militaires Toltèques, du caractère paisible des Mayas !

Deux statues porte-étendards encadrent le haut de l'escalier abrupt qui mène au temple des guerriers. L'entrée du temple est gardée par deux serpents à plumes et un chacmool. De nombreux piliers entourent l'édifice, vestige d'une immense salle Toltèque. Chacune des faces des piliers est couverte de bas-reliefs représentant des guerriers. Ils ont la tête ornée de plumes d'aigles, portent des boucles d'oreilles et tiennent un javelot dans leur main droite.

Un peu plus loin se dresse le caracol avec sa tour ronde dont les fenêtres percées dans la partie supérieure permettaient aux astronomes mayas d'observer les étoiles. Les Mayas réussirent à déterminer la durée moyenne de la révolution de Vénus et à dresser des tables de prédictions des éclipses solaires. En fait ils excellèrent dans le domaine de l'impraticable et échouèrent dans le domaine pratique. Que penser d'une civilisation aussi avancée dans l'art et l'astronomie et qui ne connaissait même pas la roue.

A Chichen Itza on retrouve le style Puuc dans le temple appelé Iglesia, les façades de cet édifice sont décorées de masques du dieu de la pluie Chac.

Maya, Itza, Toltèque, noms fascinants de civilisations à jamais disparues. Comment ne pas songer à ces cités désertées mystérieusement, abandonnées à la végétation envahissante. Comment ne pas être attirés par ce passé fabuleux de ces peuples détruits ...

C'est dans le cadre enchanteur de la Villa Archeologia que nous nous remettons de toutes ces émotions. Jamais je n'aurais passé autant de temps dans l'eau, en fait, une grande partie de l'après-midi. Noyée dans une végétation luxuriante on y glisse nonchalamment en passant entre deux statues précolombiennes. Quel doux repos que de se prélasser dans un hamac à l'ombre des palmiers. Mais c'est le moment de déguster une délicieuse pina colada. Il est des instants merveilleux et simples à la fois que l'on voudrait voir se prolonger sans fin. Il n'y avait que deux ou trois aras en liberté et qui venaient saccager les fleurs pour troubler cette paix intérieur.


Copyright ©1996 par Vincent Di Sanzo
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