Uxmal et Mérida

Mardi 18 octobre,

Si l'étape d'hier était relativement calme et reposante, la journée à venir s'annonce riche en découverte. Elle doit nous mener à Merida, tout à la pointe de la péninsule du Yucatan, après avoir visité Uxmal.
Sur la route nous marquons une halte au village indien de Zuluc, non sans avoir buté sur un de ces satanés topes, ces dos d'ânes qui, à l'entrée et à la sortie de chaque village, obligent les véhicules à ralentir. De simples huttes ovales, faites de légers rondins de bois avec un toit confectionné de feuilles de palmier ou d'agave, se cachent parmi la végétation. De nombreux enfants se précipitent vers nous.

Une muraille délimite le village, plus loin une jolie haie fleurie recouvrent les pierres. Orangers, frangipaniers, palmiers, agaves dissimulent les multiples habitations. Un cheval se promène parmi les dindons.

Juste avant d'arriver à Uxmal nous stoppons devant le site maya de Kabah. De l'extérieur une large pelouse fraîchement tondue amène nos regards du pied d'un escalier vers le palais des masques dont la façade est décorée d'une multitude de masques de Chac, dieu de la pluie.

Enfin nous arrivons à Uxmal, extraordinaire cité qui comporte les plus beaux témoins de l'architecture maya. On arrive face à la pyramide du Devin, de forme ovale, un escalier abrupt conduit à un temple 31 mètres plus haut. Nous nous contenterons de l'admirer d'en bas.

Le site n'est qu'en apparence dénudée de toute végétation. De nombreux employés travaillent à ce que la nature ne reprennent ses droits et ne viennent à nouveau ensevelir ces merveilleux temples comme le fameux quadrilatère des Nonnes. Un patio entouré de quatre édifices, plus décorés les uns que les autres. L'édifice nord présente une frise comportant au dessus de chaque ouverture quatre masques de Chac et un serpent bicéphale. On y aperçoit aussi un étrange hibou coiffé d'une crête.

A l'ouest la frise est décorée de serpents ornés de plumes et qui s'entrelacent sous la forme de colonnes hélicoïdales.
Le patio pullule d'iguanes aussi peu ragoûtants les uns que les autres. Peu farouches ils semblent hanter ces vieilles pierres depuis l'aube des temps.

Au sud un couloir en forme de voûte permet d'atteindre le palais du gouverneur. Au milieu de sa façade d'une centaine de mètres de longueur, juste au dessus de la porte centrale, une frise composée de huit serpents bicéphales présente un personnage coiffé d'une parure de plumes. Face au palais se dresse, en forme d'autel, un jaguar à deux têtes. Plus loin un bâtiment comporte une frise imitant des rondins de bois et décorée de multiples petites tortues.

On peut s'étonner des noms donnés à chacun des édifices de la cité. Ceux ci rapportés par la tradition, datent de l'époque hispanique et ne nous renseignent pas sur l'origine et la fonction de tous ces bâtiments.

A l'est du patio, aux angles des façades et au-dessus de l'entrée principale nous retrouvons les masques du dieu de la pluie Chac, avec son nez en trompe.

En début d'après-midi nous reprenons la route pour Merida. Une dernière halte au passage d'une hacienda pour nous dégourdir les jambes. Un porche monumental surmonté d'une croix marque l'entrée de l'hacienda de Mucuyche. La façade interminable est ponctuée de nombreuses porte-fenêtres closes par des volets peints en vert et blanc. L'entrée principale de l'hacienda porte plusieurs cloches. Impossible de ne pas repenser aux vieillissants épisodes de Zorro qui accompagnaient notre jeunesse. L'ère des grands propriétaires semblent révolue à travers cette hacienda désertée de toute vie. Impossible aussi de ne pas repenser à l'explorateur Stephens qui vint ici se reposer de ses expéditions aventureuses.

Nous arrivons enfin dans la capitale du Yucatan. Le soleil frappe de ces rayons les maisons aux murs blancs. Merida ne ressemble à aucune des villes mexicaines que nous avons visitées jusque là. Est-ce les 35 heures de train qui la séparent de Mexico ou la présence de la mer, l'atmosphère ici y est des plus doux. La ville est parsemée d'une multitude de placettes hébergeant quelque statue ou quelque église. Ça et là des arbres abritent des bancs où il fait bon paresser. Sur la plaza ils camouflent la cathédrale baroque ne laissant apparaître que le haut de ses deux tours. Extraordinaire zocalo où les yeux, découvrant un riche tableau, ne savent rester en repos. La charmante mairie avec ses deux galeries superposées et sa tour ornée d'une horloge, la casa de Montejo avec son fronton couronné de deux lions. De notre causeuse nous accompagnons le soleil dans sa lente descente ...

Rendez-vous à Los Almendros, l'estomac en reste, rappelle son du, va pour un fameux Poc-chuc.

Mercredi 19 octobre,

Après un succulent petit déjeuner nous partons visiter une exploitation de cisals. En cours de route nous apercevons de nombreux champs de cette espèce d'aloès, bien que les cultures d'agrumes aient tendance à les remplacer. Les paysans coupent régulièrement les feuilles des cisals, les nouvelles feuilles poussant toujours à la partie supérieure, la partie dépourvue finit par former un véritable tronc.

Des camions assurent en général le ramassage des feuilles assemblées en fagots. Ceux-ci sont déposés sur un tapis mécanique qui les amènent dans une sorte de broyeuse qui élimine la sève des fibres végétales. Celles ci, nettoyées et séchées, prennent une coloration blanche. Elles sont ensuite liées en ballots. Les hommes qui travaillent ici se protègent le visage avec des foulards pour ne pas respirer la poussière.

Colorées, les fibres textiles obtenues, servent à la confection de sacs, hamacs, chapeaux, sets de table et même des chaussures. La sève est évacuée sur des chariots montés sur rails et tirés par un cheval. Une partie est récupérée, séchée au soleil et sera destinée à l'industrie pharmaceutique qui l'utilise pour élaborer des médicaments comme certains remèdes contre la rage.

De nombreux fabricants de vêtements vivotent à Merida, robes et surtout chemises, les fameuses chemises droites de Merida appelées guayaberas.

La ville est constituée à l'américaine, c'est-à-dire des rues droites qui se coupent toujours perpendiculairement, et qui portent comme noms des numéros. C'est moins romantique ou évocateur que chez nous mais c'est évidemment plus pratique quand on cherche une adresse précise.

Cet aspect moderne n'empêche pas la ville d'être des plus agréable avec ses terrasses ombragées, ses placettes comprenant souvent une petite église coloniale ou un couvent. Malgré une chaleur un peu accablante il fait bon flâner dans ces ruelles. Le zocalo reste très animé surtout en fin d'après-midi. De nombreux mexicains viennent se promener et profiter d'un ombrage assuré par une magnifique végétation tropicale.

Calle 59 nous élisons notre restaurant pour le dîner. Placette bien charmante, les effluves de poulet rôti sur la terrasse aiguisent notre appétit. Espèrons seulement que le poulet ne soit pas de l'iguane que l'on mange aussi dans la région !

Pour terminer la soirée nous nous rendons au Pancho Villa pour y déguster une marguarita, cocktail à base de tequila et de citron vert servi dans un verre dont le bord est légèrement salé. Le cadre du Pancho Villa, qui a pris le nom du héros légendaire de la révolution mexicaine, est des plus luxuriant, atmosphère de boîte de nuit mais en plus calme. Nous esquissons quelques pas sur la piste de danse ...


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