Lydia Pavot


Délivrance

Vous pourrez bien chercher ainsi pendant des heures,
Des jours, des nuits durant, ça ne changera rien.
Vous pourrez écouter, le temps d'une faveur
Toutes ces voix en or qui vous font tant de bien,
Jamais vous n'obtiendrez l'aveu de mes souffrances
Réduites au néant sous l'assaut d'un sourire,
Jamais vous ne saurez combien la délivrance
Est source de bonheur, pour qui veut la saisir.
Mais vous pourrez penser, qu'au regard du présent
Je suis l'absence même, exempte de douleur,
Vous pourrez regarder impitoyablement
Jusqu'au travers de moi pour y sonder mon cœur,
Je vous le dis bien haut et ne vous en déplaise,
Jamais n'en trouverez aucun de plus ardent !
Ne croyez cependant, s'il faut vous mettre à l'aise,
Que vous êtes celui pour qui mes sentiments
L'ont habité sans cesse de jour comme de nuit,
Sous l'assaut d'une bise ou de quelques caresses,
Moitié ivre de joie, moitié pleurant d'ennui.
Ne croyez pas non plus que je sois courroucée
D'ailleurs qu'importe au fond, qu'en auriez - vous à faire ?
Depuis quelques années Prince, vous êtes né
De mes cheveux de rêve et d'âme solitaire.
Il revient au silence, la part qui lui est due,
Or si de votre absence je vis en épousailles,
La cause qui me pousse à vous avoir déchu
Est que je n'aime pas les fausses retrouvailles
Et bien moins les rejets, expression de mépris
Vous mettant aux abois, souffrance bien futile.
Je crache sur l'affront comme sur le dépit
En cet absentéisme voué à l'inutile.


Vent du nord

Bise froide du nord
Que l'amitié réchauffe
En ce jour de mistral.

Ce vent sans concession
Fait tomber les feuillages
Comme cœurs qui s'égrainent
Sous le joug ennemi.

Ce vent,
Gémit les peines,
Déportant leurs courroux,
Dispersant leurs nuages,
Leur évitant les pleurs.

J'ai vu gravir des lunes
En des cieux menaçants,
Dans le cri de l'hiver.
J'ai vu fondre des cœurs
Sous un pâle soleil
Qui ne promettait guère
De briller plus longtemps.

Ainsi cette tempête
Se diluant dans l'azur
Par une simple bise
Qui ne jurait de rien .


La ville

Crescendo de l'aurore à l'unisson des chants,
Des mélodies s'élèvent et sillonnent le ciel.

Portée latente d'or, subtile, souveraine
Harmonie pastorale à la pointe du jour.
De dix mille couleurs le temps poursuit sa course
En arabesque brune et frissons d'argenté.

Des formes silencieuses semblent danser au vent
Qui passe son chemin sans un seul mot frémir,
Rien qu'en faisant tinter dans l'air doux du matin,
Une cloche égarée sous la voûte des cieux.

Déjà quelques oiseaux survolent les faubourgs
A tire – d'aile, lents, alourdis de sommeil
Puis la ville entre baille ses bouches de métal,
Ingurgitant à flots les restes d'immondices
Semblant tout digérer sans être rassasiée.

Jusqu'au fond de son ventre ses tripes se dénouent,
Echappements de gaz, pétarades et roues
Ou serpentins de fer filant un train d'enfer
Vers une voie buccale qui regarde le jour.

A midi elle étend, opulence superbe,
Ruminant en son flanc, ses bras aux mille mains
Ainsi quand vient le soir, enfin repue, gavée,
Vomit, silencieuse, dans les eaux de la nuit
Ses matières infernales, corrosives, fétides

Mais son sein maternel accueillera toujours
Quelques chiens égarés, en quête de pitié.


Insomnie

J'écoutais ta chanson quand tu marchais dans l'ombre,
Tête dans les nuages, berceaux de l'infini.
Je voyais l'horizon, aussi de grands ramages
Parcourir les étoiles, déportés par les vents
Dans le coeur de la nuit
Et je touchais des yeux, les pierres du silence
Endormies sur le bord d'une rivière d'argent,
Puis mordais dans le songe d'une paix souveraine,
Aux aguets de l'amour qui s'anime en son flanc.
Ainsi, en t'écoutant, mélodieuse sirène,
Je captais la tonique, truande de ton chant.


Ode à la Terre

La terre si brune, si riche, de toutes ses verdeurs
Nous ouvre son écoute.
J'entends battre son coeur,
Comme celui d'une femme tranquille, étendue et soumise.
Pulsions énergétiques qui animent le temps.
Assoiffée d'existence, de gestes, de désirs,
Elle sourit en te sentant frémir.
Quand le vent qui l'aborde, lui parle comme un amant,
Susurrant des poèmes sur ses lèvres écarlates,
Balayant d'une saute sur ses cheveux blanchis,
L'hiver qui la tourmente, la plonge dans l'agonie,
Lorsque une tempête fond sur elle ses rafales,
Sous les larmes du ciel qui pleure et la mitraille,
Alors tout simplement, nul n'en croit son regard ;
Sans un cri de souffrance elle enfante des merveilles
Qui nous laissent suspendus dans le temps, stupéfaits.
Grandeur ! Magnificence !
Splendeur en notre essence, nous sommes venus de toi ;
Tels tu nous a portés comme des enfants rois,
Telle je veux te garder, Innocence !
Au fond de tes abîmes, trouverons-nous un jour
Le messager intime de tes nuits sans amours ?
Au gré de tes naufrages sous des mers déchaînées,
Coule en toi les présages de ton humilité
Et ta source tarie nous offre la promesse
Des demain rétablis par ta grâce, sans cesse,
Par tous nos soins aussi.
Rayonnement superbe comme je le veux souhaiter,
De cette terre en herbe, qui déjà n'est pas née.
Pourtant tu es si vieille et si jeune à la fois,
Faudrait-il que l'on veille pour que tu aies moins froid
Cet hiver qui te couvre, qui te fait l'amour,
Ce soleil qui te chauffe en te faisant la cour,
Ce vent, quand il te bise, ne t'enivre t - il pas ?
Son souffle, lorsqu'il se brise, est - ce de chagrin pour toi
Toutes ces créatures qui te marquent pas à pas,
Ces humains, les blessures qu'ils t'infligent tout bas,
Dans l'ombre de leurs parjures, signent - ils leurs trépas ?
Loin de la capitale je cherche ta présence
où ton règne animal palpite hors des nuisances.
Nous t'aimons tant à Mère !
Plaise au ciel qu'il nous aide !
Sur toi nous trébucherons,
Pour toi nous nous battrons,
Tant que quelques coeurs justes demeureront.
Pendant des jours, des siècles encore,
Aussi longtemps qu'ils le pourront,
Avec ardeur, avec effort,
Avec amour, de tout leur corps,
Ils t'arracheront des griffes avides de la mort.


Sentiers Poétiques ©1998,99 par Vincent Di Sanzo
vous pouvez envoyer un courrier à l'adresse suivante : vdisanzo@teaser.fr
ou bien signer le livre d'or.