Valentin Kaufmann


Abysse

Mon corps tout entier dans son eau trouble enchâssé
Lui fait l'amour par déferlantes de frissons
Et même mon âme sous narcose azotée
Fusionne dans son être en un lent tourbillon

Quand les rais du soleil ne percent plus le voile
Me guident alors les nimbes à la lueur des torches
Qui donnent à ses ténèbres aspect de cathédrale
Que d'aucun sacrement ne franchira le porche

Puis, quand vient le moment où je dois la quitter
Elle exhibe ses seins dans la vase charnelle
Et les promesses qu'elle écoule à mon oreille
Me donnent cent raisons de ne pas remonter

Octobre 1998


Sonnet VII

Vieille, comme ta jeunesse te semble loin
Ta peau, que les patines du temps ont rongée
Se souvient de ta beauté; fleur-de-coin fanée
Ton profil jadis frappé d'un sceau sur l'airain

Devient plus fruste encore à la fin des saisons
Et tes os douloureux quand s'approche l'hiver
Est le froid qui meurtrit le déclin de ta chair
Tu observes en silence au printemps les bourgeons

Que l'été de ton sein tu nourris de ta sève
L'automne de la vie est la triste demeure
Qui attend patiemment que tu sombres en son rêve

Mais tu t'enchantes encore des rires et des pleurs
Qui traversent l'oubli de ton glorieux passé
Et apaisent l'ennui des années envolées

Novembre 1998


Un dimanche

Combien j'aime me promener les longs dimanches
Arpentant le noir goudron ou la pierre blanche
Qui bordent le grand lac et sa ville éponyme :
Neuchâtel; tes nuits "éveils" et tes jours...abîmes
Son rivage orchestre un concert de mélodies
Où se mélent oiseaux, les vagues et le vent qui rient
Mélodies apaisantes en ces jours ennuyeux
De l'hiver qu'un linceul recouvre en ses cieux
Lorsque transpercent enfin les rayons du soleil
Le plafond grisonnant sur la ville en sommeil
Apparaissent attirés par un peu de gaieté
Les promenades en famille au long de ses quais
Je surprends des regards qui répondent ou se taisent
Parfois un sourire qui me met mal à l'aise
Je devine au-delà de ces miroirs sans teint
Que sont tous les regards, les visages et les mains
Des siècles d'existence et des joies et des peines
Je le vois dans leurs yeux, leur douleur est la mienne
Un banc vermoulu accueillant deux amoureux
Se souvient de ce jour où elle a dit: adieu
Mon regard redescend et mon cerveau bouillonne
Fuyant, fuyant les pieds des passants, il sillonne
Bénissant le sol qu'elle a foulé de ses pas
Gravés sur ces murs les reflets de nos ébats
A tous les coins de rue un peu de mon histoire
Neuchâtel à ma mort portera ma mémoire
Le déclin du jour jette une encre orange au ciel
Et achève en beauté l'évasion sensorielle
Les Dieux ont béni mon homonyme adorée
Mon amour est si grand que tout est pardonné
Comme orphée en se retournant perdit sa femme
Sur mes pas je retourne et disparaît ma flamme

Novembre 1998


Sentiers Poétiques ©1998 par Vincent Di Sanzo
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