Robbert Fortin


La Force de la Terre

Nos mains se sont rapprochées du sens du désir
l'amour l'espoir les dangers
tout tremble devant nous
la rue cesse d'être un paysage ordonné
mon âme se cache dans l'éclat du soir
tu te fais une idée de moi dans ton cerveau
ici ailleurs nos yeux infiniment réels
s'étonnent au-dessus de nos mots
un feu sourd parcourt nos corps
nous nous sommes arrêtés dans le cadre de la porte
rien ne pèse
nos chairs s'appellent
pour recevoir le début du Sacre
j'attends que ta peau m'éclaire
mais je ne veux pas que tes gestes m'écrasent
je ne te donne pas tout

l'un devant l'autre temporaires
nous attendons un geste qui est là
ses bras ne s'opposent plus à rien
pulsations des fruits durs
saccage ardent des bêtes
mensonges mêlés au bonheur
toucher nos visages attendris
le début du printemps nous accompagne

je déplace mon bonheur
le jour encore vert
se faufile par la fenêtre
la distance est inexplicable
dans une chaussure neuve
je ne veux pas remplir
mes poches de cailloux définitifs

je te demande de partir

nulle main pour retenir les murs
penchés vers moi
des oiseaux que j'expulse de ma bouche
manquent d'air
tu me demandes quel est ce lieu
je t'ai répondu
il me reste des cendres dans la bouche
et puis ce silence notre cicatrice

Robbert Fortin, extrait de son premier recueil
La Force de la Terre reconnaît l'Homme à sa démarche

(disponible à la librairie de la Maison du Québec à Paris)



Les faits divers consument l'épuisement de la terre
je suis couché sur le dos
le désert s'est glissé dans mon oeil gauche
les grandes puissances rêvent contre nous
le nouvel ordre du monde nous accompagne
je pense à la distance des nuages
un poème suffit
pour qu'une ville change de lumière

je suis allé m'acheter des fruits
l'odeur de la terre s'évapore
dans les boîtes de conserve

la parole nous assèche
nos gestes ne nous impliquent plus
un vase vide traîne dans l'escalier
j'ai pensé à tes montagnes invisibles
après un bref instant j'ai retrouvé tes photos jaunies
on ressent parfois de la nostalgie
pour quelqu'un

je regarde ce poisson rouge depuis deux heures
il ne souhaite rien
mon enfance me retombe dans les yeux
comme ces cailloux dans l'aquarium

tu ne t'intéresses pas à ce que je fais
nous attendons une réponse d'on ne sait où

je découpe une carte du monde
le chat joue avec l'Afrique
un désert va bientôt renaître
tout est mobile
même nous sur nos chaises confortables

la terre qui nous porte va nous oublier
notre mort est toute petite
notre sang donne à penser
j'ai noté la date où j'ai refusé d'aller plus loin
j'ignore ce que nous allons devenir
l'espoir n'a rien corrigé
finalement tout est à refaire

Robbert Fortin, extrait de son premier recueil
La Force de la Terre reconnaît l'Homme à sa démarche

(disponible à la librairie de la Maison du Québec à Paris)


Sentiers Poétiques ©1996 par Vincent Di Sanzo
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