Lorsque, soudain, à l'heure de minuit,
tu entendras passer un cortège invisible,
avec d'exquises musiques, avec des clameurs -
alors, sur ton destin qui t'abandonne, sur tes oeuvres
qui ont échoué, sur les projets de ta vie
qui ont tous avorté, ne te lamente pas en vain.
En homme prêt depuis longtemps, en homme courageux,
fais tes adieux à Alexandrie qui s'éloigne.
Surtout ne te leurre pas, ne te dis pas
que ce ne fut qu'un rêve, que tu t'es mépris ;
dédaigne d'aussi vaines espérances.
En homme prêt depuis longtemps, en homme courageux,
comme il sied à toi, à qui pareille ville fut donnée,
approche-toi, avec fermeté, de la fenêtre,
et écoute avec émotion, mais non avec les plaintes
et les supplications propres aux lâches,
comme une ultime jouissance, les accords,
les instruments exquis du mystérieux cortège,
et dis adieu à cette Alexandrie que tu perds.

Constantin Cavy


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Suite..Voyage en Egypte © 1997, 1998 par Vincent Di Sanzo