Les premiers six mois nous avons été envahis par des hordes de chiens sauvages. Il s’agissait des animaux qu' avaient dû abandonner les Nubiens déplacés . Ils rodaient pour la nourriture, parfois des meutes de 100 ou 150 chiens commandés par un chef. Cela devenait dangereux pour les enfants. Il a fallu faire intervenir l’armée égyptienne. C'est à cette époque que nous avons perdu Rintintin. C'était un petit chien noir et blanc que les enfants avaient adopté, ils lui avaient même fabriqué une niche. Un matin alors qu’il aboyait devant la maison, un soldat l’a abattu. Fou de colère je suis sorti, le soldat égyptien n’a pu que s’excuser.

Ma femme avait ramené des graines de ricin et en l’espace de 4 mois nous avions des arbres de 2,50 à 4 mètres de hauteur tout autour de la maison. On faisait une liste de ravitaillement toutes les semaines, une grande partie venait d’Allemagne. On avait des légumes frais, le lait était en boîte.

- Coupe longitudinale du grand temple après la reconstruction -

C’était la vie d’un petit village mais les échanges avec les étrangers rendaient cette vie passionnante. On recevait puis il y avait le club où l’on se rencontrait, où on jouait. Avec les amis on se réunissait chaque semaine pour une chicken party. On se recevait à la maison, chacun préparait ses recettes. Chez Lugano, l’ingénieur italien, nous mangions des pâtes qu’il faisait lui-même. L’anglais était obligatoire, même pour les chicken party, si nous voulions nous comprendre.

Il n’y avait pas d’école, les enfants suivaient le télé-enseignement aidés par leur maman qui était institutrice. L’aîné était en 4ème et Bernard en Cm2. Ce qui était étonnant, c’est que si nous avions des difficultés pour nous comprendre entre adultes, les enfants eux, tout petit, de 6 à 10 ans, se réunissaient, parlaient entre eux, se racontaient des histoires. Ils avaient inventé un langage à eux et se comprenaient parfaitement !

- La réalisation de ce chantier a été aussi pour vous  l’occasion de rencontrer de  nombreuses  personnalités ?

Oui, j’ai fait visiter le chantier à André Malraux qui m’a proposé d’aller au Tchad pour sauver des peintures rupestres. Il était très sympathique, on a déjeuné ensemble puis il est reparti.

Cliché H. Ruiz



J’ai rencontré souvent l’égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt. A chaque fois qu’elle venait je lui confiais mes films à développer. Nous l’avons rencontré aussi au Caire où elle préparait l’exposition pour le Grand Palais de 1966.

Je connaissais bien le ministre égyptien de la culture, Saroïte Okacha. Il parlait très bien le français.

Cliché H. Ruiz


   La réédification des collines et du paysage ainsi que la dissimulation des traits de coupe demanderont encore une année et demie d’efforts. Les deux temples d’Abou Simbel seront inaugurés le 22 septembre 1968. Ce jour là, René Maheu, directeur général de l’UNESCO, s’adresse à Ramsès :

« Nous sommes venus, ô Roi, ajouter notre travail au tien pour préserver ta quête d’éternité. Employant des moyens que tu ne pouvais imaginer, mais ayant constamment à l’esprit tes intentions et tes rites, nous avons évidé la montagne, découpé les statues, les piliers et les parois souterraines, puis nous avons rebâti dans la lumière ce que tu avais creusé dans les ténèbres... Grâce aux efforts de tous, te voici sauf, prêt à reprendre, intact sur la barque d’Amon, ton voyage au long des siècles vers le soleil levant de chaque lendemain. »

Je remercie vivement Monsieur et Madame Henri Ruiz de m'avoir accordé
cet entretien et de m'avoir confié leurs photographies personnelles.

Propos recueillis le 28 février 1997 à Marly-le-Roi.


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Voyage en Egypte © 1997 par Vincent Di Sanzo