- Pour le grand temple, 807 blocs furent découpés, 235 pour le petit temple. La course engagée contre la montée des eaux était gagnée, le Nil pouvait submerger l’ancien site du sanctuaire de Ramsès II. Les temples d’Abou Simbel se devaient d’être reconstruits dans leurs orientations originales, il fallait préserver les axes des deux spéos qui se recoupaient dans le fleuve.

Les dernières pièces que nous avons enlevées, nous les avons mis à l’emplacement du nouveau site. On a commencé par reconstruire le sanctuaire. Il y a eu une inauguration pour le remontage des premières pierres avec les ministres égyptiens et la begun.

Cliché G. R. Reitz



Puis nous avons monté les cintres du coffrage de la grande voûte, la réédification du temple étant pratiquement terminée. Au fur et à mesure de la reconstitution des murs, du béton était coulé à l'extérieur pour maintenir la position des blocs qui étaient posés à sec (sans mortier).

J'ai quitté Abou Simbel avant le coulage de la voûte à cause des enfants et de l'absence d'école, à la fin de l’année 1966, sans avoir pris aucun congé. Initialement je devais rester 1 an mais on m’a prolongé de 6 mois pour finir le démontage, puis encore 6 mois, et ensuite encore 6 mois de plus pour le remontage !

Cliché G. R. Reitz

- Quelles étaient les conditions de vie au début du chantier ?

Nous sommes arrivés à sept, j’avais avec moi deux français (dont un chef mécanicien), un suédois, deux italiens et un allemand. Chacun parlait anglais avec son accent. Je ne maîtrisais pas très bien cette langue mais on se comprenait quand même. Au début on nous avait installé sur un vieux bateau échoué. Mais nous n’avons même pas pu coucher à l’intérieur du navire. Il y avait plein de rats énormes et des tarentules ! Nous nous sommes logés à l'extérieur dans des abris provisoires, montés à même le sable en attendant le montage des baraquements. Nous avons du renouveller notre stock d'eau potable en filtrant et purifiant l'eau d'un puits provisoire.

Cliché G. R. Reitz



Nous avions un frigidaire à pétrole qui a été cassé rapidement. Au bout de deux jours, à cause de la chaleur étouffante qui régnait, un spécialiste suédois qui s'était imprudemment plongé dans l'eau du Nil et exposé longuement au soleil, a du être évacué en urgence sur un petit bateau qui revenait du Soudan et rapatrié en Europe. Un peu plus tard, pour les mêmes raisons, c’était le tour d’un spécialiste italien.

Puis on a commencé par avoir des scorpions. Les ouvriers posaient leurs vestes au sol et en les remettant il n'était pas rare qu'ils se fassent piquer. Les égyptiens avaient leur façon de se soigner: ils coupaient la plaie à la lame de rasoir et la nettoyaient au jus de citron. La piqûre était suivie de 3 ou 4 jours de fièvres.

Cliché G. R. Reitz

- Après ces débuts héroïques comment s’est organisée la vie dans ce milieu plutôt hostile ?

La main d’oeuvre égyptienne a commencé par monter les installations pour loger le personnel. J’avais insisté auprès de ma direction pour que ma femme vienne me rejoindre. On m’avait promis qu’au bout de 2 mois ma famille pourrait venir. Il m'a fallu attendre 3, 4, puis 5 mois. Au 3ème mois j’avais commencé à faire construire notre maison.

Ma femme est arrivée avec nos trois enfants, Pascal, Bernard et Henri-Noël le plus petit qui avait 3 ans. Dès que ma famille est arrivée, tous les autres ont suivi au rythme des constructions !

On approchait du millier d’ouvriers. Nous avons construit une cité, des routes, une mosquée et même une piscine. On travaillait quasiment tous les jours mis à part les ouvriers qui ne travaillaient pas le vendredi. Nous avions un aumônier qui venait 2 fois par mois d’Assouan.

Au bout d’un an et demi nous avons construit une piste d’atterrissage. Nous avions 2 petits avions de service. Une fois par mois un des avions nous amenait à Assouan pour la journée.


Cliché H. Ruiz



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Voyage en Egypte © 1997 par Vincent Di Sanzo