Le sauvetage
   d'Abou Simbel


Il n'est qu'un acte sur lequel ne prévale ni l'indifférence des constellations
ni le murmure éternel des fleuves:
c'est l'acte par lequel l'homme arrache quelque chose à la mort.

André Malraux.


1954 : Nasser décide la construction du barrage d’Assouan qui doit engloutir à jamais les grands temples de Nubie. Commence alors pour sauver le sanctuaire de Ramsès II la croisade de l’égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt avec l’appui d’André Malraux et du ministre égyptien Saroïte Okacha.

Sous l’égide de l’UNESCO et grâce à une collaboration internationale exemplaire, la sauvegarde d'Abou Simbel est lancée.

   Le 16 novembre 1963 l’Egypte et l’UNESCO accordent les travaux au consortium « Joint Venture Abou Simbel » composé des entreprises Grands Travaux de Marseille (France), Hochtief (Allemagne), Impregilo (Italie), Skanska et Santab (Suède) et enfin Atlas (Egypte). Ces entreprises vont, sous le regard anxieux du monde entier, démanteler les temples rupestres, les transporter bloc par bloc et les reconstruire 65 mètres au dessus du lac Nasser avant l'inondation définitive.

   J’ai souhaité ici, trente ans après cet événement, rendre un fervent hommage à tous ceux qui ont participé au sauvetage des temples et auxquels on doit aujourd’hui de pouvoir contempler ces merveilles de l’architecture égyptienne.
Cet hommage, je voudrais le marquer en évoquant le témoignage d’un homme qui a œuvré au sauvetage spectaculaire des temples nubiens. Adjoint au Directeur du chantier d’Abou Simbel, Henri Ruiz, ingénieur des Grands Travaux de Marseille, a participé, pendant 3 années, à toutes les grandes étapes de la sauvegarde des deux temples rupestres.

- Henri, comment êtes-vous entré dans cette formidable aventure ?

Alors que je terminais les travaux sur le chantier de la Hague, dont j'avais la responsabilité depuis trois années, le PDG des Grands Travaux de Marseille, Monsieur Crast, m'avait convoqué au siège de la société à Paris, pour me signifier mon affectation en Egypte, comme représentant de la société, dans la Joint Venture Abou Simbel. Décision irréversible !... je n'étais pas enchanté car ma famille était installée à Cherbourg et j'avais trois enfants scolarisés, ma femme par contre était très favorable ! C’était la première fois que j’allais en Egypte, je suis arrivé en avril 1964. Les temples m’avaient vraiment impressionnés. Je me demandais comment 1300 ans avant JC on avait pu sculpter des statues aussi grandioses.

Et je me suis vite demandé comment on allait faire pour déplacer tout ça, j’étais assez inquiet, et je n’étais pas le seul, les gens du bureau d’étude aussi. J’avais travaillé un mois avec eux pour déterminer la façon de tracer les coupes et de découper les blocs de grès. Il y avait eu une étude topographique, un relevé qui avait été fait par des français. Nous avions toutes les courbes de niveaux. Mais l’entreprise semblait colossale et pleine d’incertitudes.

- Quelle a été votre première préoccupation sur le chantier ?

La construction du barrage d’Assouan était commencée. Il a fallu protéger le site de la crue du Nil en construisant une digue. Nous avons montés des parois de palplanches puis construit le batardeau avec des blocs de pierre. Pour lutter contre l’eau qui s’infiltrait nous avions construits une trentaine de puits équipés de pompes pour assécher en permanence. La digue devait protéger le site pendant le démontage, au dernier bloc sorti, le Nil était presque à niveau !

- Comment s’est effectué le démontage des temples ?

Tout d’abord nous avons couvert de sable la façade afin d’éviter les vibrations au moment des travaux et en réservant l’accès vers l’intérieur au moyen d’un énorme tube d’acier introduit dans la porte d’entrée.

Cliché H. Ruiz



Puis nous avons ensuite procédé à l'étaiement intérieur des deux temples (soit une hauteur de 10 à 12 mètres pour le grand temple) afin qu'ils supportent la circulation et les vibrations engendrées par les gros engins de terrassement qui devaient arraser la colline à un niveau supérieur de 80 cm à 1 m au-dessus des plafonds.

On a ensuite scié du dessous entre les peintures, et entre les parties que nous avons étayées. Nous avons fait venir pour cela des spécialistes italiens de Carrare (ville du marbre) qui ont coupé à la scie à main tous les blocs du haut suivant les tracés qui avaient été faits. Ils ont sciés sur 6 cm de profondeur. Une fois l’excavation faite au-dessus il a fallu retracer exactement au millimètre près les coupes qui avaient faites en haut. Puis nous avons coupés avec des scies à chaînes.

Henri Ruiz pendant les travaux d'étaiements (Cliché d'un journal égyptien)


| Index thématique | Repères chronologiques | Liens |


Voyage en Egypte © 1997 par Vincent Di Sanzo