En plein jour, rien de banal comme ce musée des Antiquités égyptiennes, entre qui veut, pour y dévisager de près, sous un trop brutal éclairage, des morts et des mortes augustes, qui avaient si bien cru se cacher pour l'éternité.
Mais la nuit!... Oh! la nuit, toutes portes closes, c'est  le palais du cauchemar et de la peur. La nuit, au dire des gardiens arabes, qui n'entreraient pas à prix d'or, même après avoir fait leur prière, des Formes affreuses s'échappent, non seulement de tous les personnages embaumés qui habitent là-haut dans les vitrines, mais aussi des statues funéraires, des papyrus, de mille choses qui au fond des tombeaux se sont longuement imprégnées d'essence humaine; les Formes ressemblent à des cadavres, ou parfois à de vagues bêtes, même rampantes; après avoir erré dans les salles, elles finissent par se réunir, pour des conciliabules, sur les toits...

Le caractère le plus frappant de la civilisation égyptienne est cette obsession
d'éternité dans l'au-delà. Ainsi la préoccupation la plus importante pour le
défunt était la conservation de son corps par ce rituel si étrange pour nous
qu'est la momification.

Les égyptiens croyaient en un au-delà où l'âme, à nouveau unie au corps,
continue de mener une existence toute terrestre, ce qui supposait donc que
le corps soit conservé dans son intégrité.

La momification se pratiquait depuis l'ancien empire et ne sera abandonnée
qu'aux premiers siècles de l'ère chétienne.




Le dieu Anubis procède à l'embaumement d'un défunt.
Au-dessus du mort, l'image de l'âme-oiseau se sépare du corps.



Il y a des personnes préposées à ce soin et qui possèdent cet art. Lorsque le mort leur a été apporté, les embaumeurs montrent aux porteurs des modèles de cadavres en bois, imités par la peinture, et ils indiquent celui qu' ils disent le plus digne d'attention, qui fut celui du dieu dont je ne peux prononcer le nom ici [il s'agit d'osiris]. Ils font voir après celui-là le second, qui est d'un prix moindre ; et enfin le troisième, le moins coûteux. Après s'être expliqués, il; demandent aux porteurs comment ceux-ci veulent qu' ils opèrent sur le défunt. Aussitôt qu'ils sont tombés d'accord sur le salaire, les porteurs s'en vont. Les autres, restés seuls chez eux, procèdent de cette manière à l'embaumement de première classe. D'abord, avec un fer courbe, ils extraient la cervelle par les narines, du moins la plus grande part, et le reste par l'injection de substances dissolvantes. Ensuite, avec une pierre éthiopienne aiguisée, ils fendent le flanc, font sortir tous les intestins de l'abdomen, le lavent avec du vin de palmier, le saupoudrent de parfums broyés et finalement le recousent après l' avoir rempli de myrrhe pure concassée, de cannelle et d'autres parfums, dont l'encens seul est exclu. Ces choses faites, ils sèchent le corps dans du natron et l'y laissent plongé pendant soixante-dix jours, pas davantage, ce n'est point permis.
Au bout de ces soixante-dix jours, ils lavent le corps et l'enveloppent tout entier de bandelettes du lin le plus fin, enduites de gomme, dont les Égyptiens font un grand usage au lieu de colle. Les parents reprennent alors le cadavre, le renferment dans un coffre de bois à forme humaine, et le déposent debout contre le mur dans la chambre sépulcrale. Tel est l' embaumement le plus coûteux.

Pour ceux qui préfèrent l'embaumement moyen et veulent éviter de grandes dépenses, les embaumeurs font les préparatoires suivants. Après avoir rempli leurs seringues d'huile de cèdre, ils injectent cette huile dans l'abdomen du mort, sans l'ouvrir ni en retirer les entrailles, et ils ont soin de retenir le liquide de telle sorte qu'il ne puisse s'échapper. Ensuite ils plongent le corps dans du natron et l'y laissent le temps prescrit, puis ils font sortir des cavités l'huile de cèdre, que d'abord ils y ont introduite. Or elle a assez de force pour emporter avec elle intestins et viscère; elle a tout liquéfié. Extérieurement le natron a desséché les chairs, et il ne reste du mort que la peau et les os; ces choses faites, ils le rendent en cet état et ne s'en occupent plus.

Voici le troisième embaumement à l'usage de la classe pauvre : embaumeurs font dans les intestins une injection de raifort et sèchent le corps dans le natron, pendant les soixante-dix jours ; ensuite ils le rendent pour qu'on l'emporte. Lorsque les femmes des hommes illustres meurent, on ne les donne pas immédiatement à embaumer, non plus que celles qui ont été belles ou considérées, mais après le troisième ou quatrième jour on les livre aux embaumeurs. On prend cette précaution de peur que ceux-ci ne s'unissent à ces femmes, car l'un d'eux dit-on, a été surpris souillant le corps d'une femme décédée, et son compagnon en a porté l'accusation contre lui. (Hérodote, II, 86-89)


Le foie, l'estomac, les intestins et les poumons, retirés du corps étaient déposés dans les quatres vases canopes munis d'un bouchon à l'effigie de Amset, l'homme, Douamoutef, le chacal, Kebehsenouf, le faucon et Hapi, le babouin.

Ces quatres génies, considérés comme les enfants d'Horus, veillaient au bon fonctionnement des organes qui, quoique séparés du corps, devaient de nouveau servir dans la seconde vie. 


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Voyage en Egypte © 1997 par Vincent Di Sanzo