Cheminé, cheminé des heures dans les plaines, sous le soleil brûlant et sous le vent glacé, écrasant toujours les pâles plantes embaumées. Le désert, monotone comme la mer, est changeant comme elle. Avant-hier c'était les granits géants; hier les sables plats, et aujourd'hui nous entrons dans la contrée des pierres meulières qui créent autour de nous des surprises nouvelles, des aspects encore jamais vus. Devant nous vient de s'ouvrir un lugubre dédale de vallées faites de ces pierres là, jaunâtres ou blanches; leurs parois stratifiées horizontalement donnent l'illusion de murailles aux assises régulières, bâties de main d'homme. On croit circuler au milieu de cités détruites, passer dans des rues, dans des rues de géants, entre des ruines de palais et de citadelles.


Nos chameaux avancaient lentement dans le sable, la petite caravane approchait enfin du monastère copte de Saint-Siméon. Erigé dans le désert, auquel la bâtisse s'intégrait parfaitement, il ressemblait plus à une forteresse abandonnée. Luttant pour subsister, les ruines du saint monastère voyaient ses murs de briques crues mangés par le sable.


Si l'excursion en chameau d'Assouan au monastère de Saint-Siméon relève plus de la balade, la traversée du désert arabique de Louxor à la mer Rouge est toute autre.

La traversée du désert arabique est une traversée austère. Ce territoire aride et montagneux entre le Nil et la Mer Rouge offre bien peu de variété. La vie y est rare, quelques nomades ici et là, quelques carrières abandonnées. La flore se limite à des épineux clairsemés. Pourtant le regard s'habitue peu à peu à l'observation du désert, la forme des dunes, leurs couleurs changeantes avec le temps. Les espaces caillouteux traversés par cette route que nous suivons succèdent à une gorge resserrée. Silence et solitude règnent ici. Exceptionnellement le ciel s'assombri, une courte averse vient à peine mouiller le sable qui dégage une odeur toute particulière. Enfin après plusieurs heures de route nous atteindrons la Mer Rouge à Hourghada.


Parmi les animaux de l'Egypte ancienne,
loups et chacals hantaient les parages du désert.
le chameau, lui,  n'est pas attesté avant l'époque
romaine.

Tout de suite autour de nous, c'était l'infini vide, le désert au crépuscule, balayé par un grand vent froid; le désert d'une teinte neutre et morte, se déroulant sous un ciel plus sombre que lui, qui, aux confins de l'horizon circulaire, semblat le rejoindre et l'écraser.

Alors, à regarder cela, nous prit une sorte d'ivresse et de frisson de la solitude; un besoin de nous enfoncer là dedans davantage, un besoin irréfléchi, un désir physique de courir dans le vent jusqu'à une élévation prochaine, pour voir plus loin encore, plus loin dans l'attirante immensité ...


Du haut de la dune désolée où cette course nous mena, on voyait plus loin, en effet, et, sur le désert encore agrandi, traînait une dernière lueur de jour, descendue du ciel jaune par une déchirure qui lentement se faisait dans son voile ...


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Voyage en Egypte © 1997 par Vincent Di Sanzo