En visitant à Touna el Gebel, la nécropole d'Hermopolis avec ses babouins divinisés et ses momies d'ibis offertes à Thot, on découvre, isolée dans une petite falaise, une étrange stèle sculptée. Etrange parce que la représentation des personnages y est inhabituelle ...

Aucune époque de l'histoire égyptienne ne fut marquée par tant de mystères et de spéculations que le règne du pharaon Aménophis IV. Chacun à essayer de comprendre et d'expliquer l'action réformatrice d'un pharaon pas comme les autres.


Le pharaon Aménophis IV instaure une véritable réforme religieuse qu'avait initié son père. Désormais il n'y a place que pour le seul et unique Aton associé au dieu solaire Rê. Les temples dédiés aux autres dieux sont fermés dans tous le pays, Amon vénéré à Thèbes est l'objet d'une persécution fanatique. Aménophis rebaptisé Akhenaton crée sa capitale à Tell el Amarna. Emporté par une exaltation mystique sans frein sa destinée sera tragique. Ses successeurs à la tête de l'Egypte redoubleront d'effort pour faire disparaître de l'histoire toute trace de son règne, en vain. Les fouilles mettront à jour l'existence du pharaon hérétique. Akhenaton apporte aussi une véritable révolution dans l'art, loin des modèles idéalisés traditionnels, il se fait représenter, lui et sa famille, dans un style expressioniste ponctués de détails pittoresques.

Statue d'Akhenaton retrouvé à l'est du temple d'Amon à Karnak [Musée de Louxor]

Pour marquer les limites de la nouvelle capitale Akhenaton
fait apposer des stèles sculptées.

Les stèles représentent la famille royale adorant le disque solaire;
ses rayons se terminent  par des mains humaines dispensant
la lumière au roi, à la reine Néfertiti ainsi qu'à une de leurs filles 
pour leur accorder vie et puissance.

La religion d'Aton ne croyait pas en une vie éternelle au-delà
de la mort ... 



Tu te lèves beau dans l'horizon du ciel,
Soleil vivant, qui vis depuis l'origine.
Tu resplendis dans l'horizon de l'Est,
Tu as rempli tout pays de ta beauté.
Tu es beau, grand, brillant. Tu t'élèves au-dessus de tout pays.
Tes rayons embrassent les pays, jusqu'aux confins de ta création.
Toi qui es Rê, tu les soumets tout entiers,
Les liant tous pour ton fils aimé.
Tu es loin, mais tes rayons sont sur la terre.
Tu es sur le visage des hommes, et l'on ne connaît pas tes venues.
Quand tu reposes à l'Occident, sous l'horizon,
La terre est dans une ombre, semblable à celle de la mort...
A l'aube, tu resplendis dans l'horizon, tu illumines, toi le soleil ;
Dans le jour, tu chasses le noir lorsque tu donnes tes rayons.
Les Deux Pays s'éveillent en fête, les hommes se lèvent sur leurs pieds,
A cause de toi, ils lavent leur corps, prennent leurs vêtements ;
Leurs bras s'ouvrent pour adorer ton lever,
La terre entière fait son ouvrage...
Tu développes le germe dans les femmes
Et de la semence fais des hommes,
Entretenant le fils dans le sein de sa mère,
Et l'apaisant pour qu'il ne pleure pas ;
Nourrice dans le sein,
Tu donnes à ce que tu crées le souffle qui l'anime.
Quand l'enfant sort du sein... le jour de sa naissance,
Tu ouvres sa bouche et tu pourvois à ses besoins...
Combien nombreuses sont tes oeuvres, mystérieuses à nos yeux !
Seul dieu, toi qui n'as pas de semblable,
Tu as créé la terre selon ton coeur, alors que tu étais seul,
Les hommes, toutes les bêtes domestiques et sauvages,
Tout ce qui est sur la terre et marche sur ses pieds,
Tout ce qui est dans le ciel et vole de ses ailes ;
Les pays étrangers, Syrie et Nubie, et la terre d'Egypte,
Tu as mis chaque homme à sa place
Et tu pourvois à leurs besoins.
A chacun sa provende et son temps de vie.
Leurs langues sont diverses en paroles,
Leurs caractères aussi et leur teint diffère ;
Tu as distingué les contrées.
Tu crées le Nil débordant des Enfers et le fais surgir par amour
Pour que vivent les habitants, puisque tu les as faits pour toi,
Tous les pays les plus lointains, tu les fais vivre,
Tu leur as donné un Nil qui déborde du ciel
Pour descendre sur eux, battre les coteaux de ses ondées
Et arroser leurs champs entre leurs villages.
Tu es seul à resplendir sous tes aspects de soleil vivant ;
Que tu apparaisses à peine ou que tu sois au comble de l'éclat,
Que tu sois loin ou te rapproches,
Tu as créé des millions de formes de toi seul,
Villes et villages, les champs, les chemins et le fleuve...
Les êtres de la terre se forment sous ta main comme tu les as voulus.
Tu resplendis, et ils vivent ; tu te couches et ils meurent.
Toi, tu as la durée de la vie par toi-même, on vit de toi.
Les yeux sont sur ta beauté jusqu'à ce que tu te couches.
Depuis que tu as fondé la terre, tu les élèves pour ton fils,
Issu de ta chair, le roi des deux Egyptes.

Extrait de l'Hymne au soleil d'Akhénaton
(d'après Pierre Gilbert)


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Voyage en Egypte © 1997 par Vincent Di Sanzo